Dans un précédent billet, je relevais l'arrogance d'une église catholique qui croule sous les plaintes pour actes de pédophilie de curés pervers.
475 plaintes en Belgique (sur une estimation de 5000 cas), récemment encore 800 plaintes aux Pays-Bas.
Une Commission spéciale avait été créée pour collecter les cas d'abus. Cette commission dépendait évidemment uniquement de l'église qui s'arrogeait ainsi le droit d'être juge et partie, sur base toutefois d'une convention entre le parquet et la commission. Convention qui ne liait évidemment et heureusement pas un juge d'instruction.
Un juge d'instruction a donc décidé de perquisitionner au siège de l'archevêché et d'emporter les dossiers de ladite commission. le parquet avait été informé d’accusations dénonçant des abus sur mineurs commis par un certain nombre de gens d’Église et le juge d'instruction avait décidé de perquisitionner afin d’étayer ou non ces accusations.
Et on a vu le tollé provoqué dans les milieux catholiques par cette perquisition. A commencer par le ministre très catholique de la Justice qui a crû devoir réagir sur une enquête en cours pour la regretter. En suivant par le parquet général qui est intervenu à un moment habituellement anormal de la procédure, au tout début de celle-ci alors que cela se fait en fin de procédure normalement.
La chambre des mises en accusation a dans un arrêt, prononcé le 13 août et gardé secret à la demande du juge d'instruction, jugé que tous les dossiers de la commission Adriaenssens devaient être retirés du dossier et déposés au greffe.
L'intervention très précoce du parquet général semble donc bien n'avoir eu d'autre but que d'étouffer l'affaire.
150 victimes avaient toutefois décidé de porter plainte.
La VRT signale qu'une trentaine de ces victimes d’abus sexuels commis par des prêtres a introduit un pourvoi en cassation contre l’arrêt de la chambre des mises en accusation de Bruxelles concernant l’opération Calice.
Au motif que la chambre des mises en accusation n'a entendu que le juge d'instruction et que l'intervention très précipitée du parquet général n'a pas permis aux victimes de se faire entendre.
Leur avocat a d'ailleurs déclaré : "Vu l’intervention expéditive du parquet général, nous n’avons pas pu être partie à la procédure mais nous nous basons désormais sur la Convention européenne des droits de l’homme pour y accéder et être entendus. Il est inadmissible que les victimes soient mises hors-jeu. (Belga)"
D'un côté un prélat déclare que l'église fera tout pour assurer la justice de sa totale collaboration et d'un autre son avocat fait tout pour bloquer l'émergence de la vérité sur les crimes sexuels commis par certains représentants de cette église.
Parce que finalement combien pèse la souffrance des victimes, qui ne peuvent être reconnues comme telles que par une décision judiciaire, quand l'image de l'église a été ternie par des perquisitions.
Alors qu'au fond, "l'église belge" n'est jamais que l'exécutif des catholiques de Belgique, comme il existe un exécutif des musulmans de Belgique. Cela semble insupportable à d'aucuns.
On se souviendra opportunément que le parquet général n'est pas intervenu aussi expéditivement quand l'exécutif des musulmans a été perquisitionné, non pour des crimes sexuels commis par ses membres, lui, mais pour des délits financiers.
Il n'était donc pas inopportun de ternir l'image de cet exécutif alors ?
On remarquera aussi que des députés flamands ont mis leur religion avant leur mandat pour inviter à une manifestation de soutien à l'église catholique le 21 août. L'événement visait explicitement à soutenir "tous les prêtres, les soeurs, les pères, les frères, les diacres et les laïcs qui ne portent aucune culpabilité et qui donnent le meilleur d'eux-mêmes depuis des années pour la communauté en Flandre"
Une confusion voulue. L'exécutif des catholiques est une institution, les prêtres sont des individus. Je n'ai lu nulle part aucune trace d'amalgame. Et s'attaquer à l'institution n'est pas s'attaquer à ses membres dont seule une partie relève de la justice pour crimes sexuels.
Le témoignage d'une victime abusée pendant 13 ans (depuis ses 5 ans (!!) jusqu'à ses 18 ans) par son oncle évêque de Brugges et qui a rencontré le cardinal Danneels. La victime avait pris soin d'enregistrer discrètement la conversation. La victime voulait porter plainte ce que le cardinal va s'employer à éviter avec des arguments spécieux. L'évêque devait prendre sa retraite prochainement. La victime voulait manifestement que le supérieur de l'évêque soit informé et qu'il fasse "quelque chose".
Le cardinal va même dire à la victime "vous pourriez aussi demander pardon, et vous repentir(...) et pardonner". Le cardinal estime qu'un repentir de l'évêque devant la famille est assez humiliant et que cela devrait suffire sans passer par une destitution et/ou la justice. La victime évidemment ne l'entend pas de cette oreille. La conversation ne débouchera sur aucune mesure, si ce n'est de garder le silence, l'évêque refusant d'être contraint à démissionner. Le cardinal estimant, lui, que demander pardon pour la gravité du geste est déjà amplement suffisant. Certes il n'interdit pas à la victime de dévoiler les faits mais il cherche à l'en dissuader.
La suite, on la connait. l'évêque sera quand même contraint de démissionner.
Et toujours la même démarche de la hiérarchie catholique, selon un prêtre retraité : culpabilisation des victimes et déresponsabilisation de la hiérarchie.
La volonté d'un pouvoir temporel fort semble toujours aussi présent, et la séparation de l'église et de l'Etat toujours aussi insupportable aux yeux de ceux qui ne veulent qu'une chose, éviter de ternir l'image de l'institution.

