La Commission Adriaenssens a publié son rapport sur les abus sexuels commis par des clercs de l'église catholique belge.
On s'attendait à du lourd, mais là on est dans l'âpreté totale : 488 témoignages, portant sur plusieurs décennies, d'enfants abusés dès l'âge de 2 ans pour certains (avec un pic vers l'âge de 8 ans), 400 prêtres et religieux concernés dans tous les milieux catholiques (évêchés, écoles catholiques, internat, congrégations), 13 suicides connus de victimes et 6 tentatives de suicide,
Certes, estime le président Peter Adriaenssens, les faits sont anciens dans leur majorité, mais rien n'indique que la proportion de prêtres pédophiles ait diminué. Où sont-ils aujourd'hui ?
Suite à la démission de l'évêque Vangheluwe (voir ce billet, ce sont pas moins de 215 plaintes qui ont été enregistrées du 24 au 30 avril 2010).
Seule la réputation de l'église catholique belge a prévalu pour ses dirigeants. Un culte du secret et la culpabilisation des victimes érigés en art de camoufler les crimes sexuels et de protéger leurs auteurs.
L'église belge ne souhaitait d'ailleurs pas que ce rapport fut publié et a eu l'intention de s'y opposer, de la même façon qu'elle a pu compter, peut-on supposer, sur une connivence avec certains membres du parquet général de Bruxelles - soutenue également par le ministre catholique de la Justice, De Clerck, qui s'étonnait publiquement de l'ampleur de ces perquisitions - pour que les dossiers saisis à la commission Adriaenssens par un juge d'instruction ne puissent être utilisés, au grand dam de plusieurs victimes qui n'ont pas été entendues.
Le juge d'instruction reste toutefois saisi des faits, et si des actes d'instruction ont été annulés par la Chambre des mises en accusation suite à la demande très précipitée du parquet général, rien n'empêche qu'il recommence des devoirs d'enquête et que de nouvelles plaintes soient déposées. Le problème est qu'il est assis entre deux décisions de la Chambre des mises en accusation et qu'une solution juridique va devoir être trouvée.
La publication de faits délictueux par la presse met également les différents parquets du Royaume devant leurs responsabilités. Ils ont en principe le devoir d'ouvrir de nouvelles enquêtes.
Face caméra l'église belge assure de sa totale collaboration avec la justice, mais hors caméra elle fait le nécessaire pour saboter l'enquête. Parce que évidemment, au delà des paroles onctueuses, la seule façon de collaborer serait de transférer à la Justice tous les dossiers en sa possession.
L'archevêque et deux évêques ont donné ce lundi une conférence de presse en réaction à la diffusion du rapport Adriaenssens.
Comme il fallait s'y attendre, l'application de la ligne vaticane a prévalu sur un sincère repentir pour toutes ces années de protection de prêtres criminels sexuels. Pour toutes ces années où la seule politique de l'église belge a été le silence et le déplacement des criminels de diocèse en diocèse. Il s'agit certes de "faits délictueux" comme le dit élégamment un évêque, mais qualifiés de "crimes sexuels" par le code pénal.
Code pénal que l'église catholique romaine ne privilégie pas encore, lui préférant un code canonique à usage strictement personnel.
Ah si, quand même, les prélats évoquent la création d'un "centre pour la reconnaissance, la guérison, la réconciliation" . Lequel centre, vu le financement des cultes en Belgique serait en fait financé par tous les citoyens. L'église catholique belge reçoit +/- 300 millions d'euros/an pour ses frais de fonctionnement.
Je résume : l'église catholique belge ne demande pas pardon pour son comportement de protection de ses criminels et pour le mépris qu'elle a accordé aux victimes de ses prêtres. Elle ne veut pas entendre parler de compensations financières à ses dérives morales. Elle a obtenu avec une rare complaisance de la justice que les actes d'un juge d'instruction, chargé d'enquêter sur les crimes commis en son sein, soient annulés. Elle refuse de transmettre à la justice les dossiers de ses prêtres criminels.
Bref, comme d'habitude, le dogme - l'église catholique est au-dessus des lois - passe avant les victimes de cette église.
