Dans un précédent billet, je constatais amer à quel point la politique française a dérapé dans une rhétorique d'extrême droite et des décisions ultra-sécuritaires censées consolider les votes des lepénistes qui avaient assuré l'élection à la présidence de N.Sarkozy.
Dans le Marianne de ce samedi 22 août, Michel Onfray interrogé sur le fait que les responsables politiques seraient les otages des hyperriches a ces mots terriblement lucides.
''"Un chef d'Etat postmoderne ne se retrouve là où il se trouve que parce qu'il aura fait fi de la morale et se sera comporté comme un prédateur sans foi ni loi. Il instrumentalise la morale pour les campagnes électorales, pour les discours, la parade et l'estrade, pour les médias et la télévision, pour faire bonne figure.
La morale est chez lui un masque qui dissimule son faciès d'animal de proie. Il ne commande pas, ou alors aux marges : il distribue les hochets, les postes, les rubans, les décorations, il inaugure une gare ou un aéroport, il engloutit chaque jour le budget de 100 Louis XIV pour ses frais de parade, il jouit des prérogatives du mâle dominant dans une cour plus ou moins grande.
Mais les vraies décisions se prennent ailleurs : là où l'argent fait des petits sur le mode tumoral(...)''
Il faut relire un peu de La Boétie, qui pose cette question : " comment peut-il se faire que « tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent ? »
Pour La Boétie, la domination du tyran ne tient que par le consentement des individus. Un tyran n'est grand que parce que nous sommes à genoux.
Sans ce consentement, la domination ne serait rien : « soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libre ». Les hommes sont responsables de leur assujettissement au pouvoir. En un mot, la tyrannie repose moins sur la répression que sur la dépossession volontaire de la liberté.
Pour sortir de cette domination il faut sortir de l'habitude, il faut garder un esprit critique et libre.
Un esprit critique et libre, c'est celui de ce juge nantais qui a dû dire le droit et expulser des roms mais qui ajoute dans ses conclusions :
''« L'Etat s'abstient de prendre à bras le corps le traitement de cette extrême précarité de la communauté des Roms, chroniquement repoussée au jour le jour d'un emplacement à l'autre sans qu'une solution d'envergure ne soit envisagée au plus haut niveau en concertation avec les instances européennes.
Manifestement, cet impérieux devoir d'entraide et de solidarité ne semble pas être hissé à un rang prioritaire dans la hiérarchie des préoccupations des plus hautes autorités nationales.
Au contraire, la défaillance de la puissance publique est patente dans ce domaine et le traitement de la difficulté par la seule voie de l'offensive médiatisée et de la répression en apporte une singulière illustration.
Dans un tel contexte aussi lourd sur le plan du respect de la dignité humaine, l'office du juge se réduit ponctuellement à une touche de rapiéçage social pour tenter d'atténuer les conséquences abruptes d'une désocialisation dont l'Etat ne prend pas la mesure. »'' Source
Vous avez remarqué combien d'hommes politiques ne jouent que dans le registre de l'émotionnel ? Or, l'émotion est le contraire de la raison qui permettrait de sanctionner celui qui, prenant cyniquement l'opinion à témoin, flatte seulement pour arriver à ses fins le côté obscur présent en chacun de nous.
