Homoparentalité
Par Pierre le 6 juillet 2005, 19:19 - Reflets - Lien permanent
Il existe en Belgique une proposition de loi visant à permettre aux couples homosexuels d'adopter.
Il suffirait de biffer 3 mots à un article du Code civil définissant la notion de cohabitation : deux personnes de sexe différent.
Ce projet est soutenu par plusieurs formations politiques. Parmi celles-ci, il y en a une qui change volontiers de position, risquant de mettre à mal cette proposition généreuse : le Mouvement Réformateur MR (équivalent de l'UMP).
A ses débuts, le MR (ancien Parti libéral) était de tradition un parti laïque voire anticléricale. Mais depuis plusieurs années, afin de ratisser le plus large possible, un cartel a été créé avec d'autres formations politiques. On y retrouve donc maintenant d'anciens CEPIC (droite de la droite catholique), des chrétiens conservateurs, des laïques libéraux. Bref une mosaïque qui peut trouver des points de convergence en matière économique, mais qui bloque très rapidement quand il s'agit de projets de société tels que ceux portant sur la famille, l'éducation, l'homosexualité, le mariage, la vie, etc.
Et donc il ne peut être question pour ce parti de suivre la proposition actuelle qui déplait à la frange catholique conservatrice pour laquelle une vraie famille ne peut être que : papa, maman, les enfants.
Le MR semble être devenu un parti libéral catholique qui ne dit pas son nom. Il s'est d'ailleurs associé aux partis catholiques traditionnels francophone et néerlandophone pour proposer d'autres alternatives et en tout cas refuser d'accorder la filiation par le biais de l'adoption à un cohabitant homosexuel..
Et nous avons en conséquence maintenant droit à des arguments populistes assez écoeurants.
Exemples :
On ne peut adopter que dans l'intérêt de l'enfant. D'ailleurs si les couples hétérosexuels ont des enfants, c'est uniquement dans un esprit altruiste.
Deux sénateurs MR ont même poussé le bouchon en écrivant : "Nous ne remettons pas en cause les capacités parentales des couples homosexuels, mais nous n'acceptons pas de cautionner une société self-service où chacun exigerait de satisfaire ses désirs tout en refusant d'en accepter les conséquences inhérentes..."
On ne met évidemment pas en doute la capacité des couples homosexuels à donner de l'amour . Mais il faut penser au danger pour l'enfant que pourrait représenter un tel modèle.
On met en valeur le fait que cela va porter atteinte au modèle traditionnel de la famille ainsi qu'aux rôles bien définis du père et de la mère.
On fait valoir que cette modification pourrait créer des problèmes d'adoption pour des enfants chinois car la Chine est très réticente à confier ses enfants à des couples homosexuels.
On prévoit des manifestations de défense de la famille.
Commentaires.
Déjà parler de "famille" au singulier est assez insultant pour toutes celles qui n'entrent pas dans ce moule : famille monoparentale, recomposées, par exemple.
S'il faut donner aux enfants adoptés la joie d'avoir un père et une mère; que penser de ceux qui vivent avec un papa veuf, une maman veuve, une maman ou un papa célibataire.
La Suède qui autorise l'adoption par des parents homosexuels n'a pas vu le nombre d'enfants chinois adoptés diminuer.
Reste alors ce fondement traditionnel de la famille. Il me paraît clair que pour des catholiques conservateurs, la notion de mariage est exclusivement liée à la notion de procréation et les ébats conjugaux ne peuvent avoir d'autre but.
La réflexion des deux sénateurs MR montre bien les limites de leur acceptation. Ecrire : "...chacun exigerait de satisfaire ses désirs tout en refusant d'en accepter les conséquences inhérentes" peut se traduire par : "vous voulez vivre entre hommes ou entre femmes, ne venez pas alors vous plaindre de ne pas avoir d'enfant."
Enfin la notion d'intérêt de l'enfant ne veut pas dire grand chose. Il s'agit d'un argument typique d'une approche conservatrice.
Ah que l'on me dise : l'intérêt de X, Y ou Z est d'être adopté par le couple (ou Mr ou Mme) Trucmuche, Machinchose ou de ne pas être adopté par ce couple ou ces personnes , alors là d'accord.
Ce type d'argument a déjà été mis en avant lors du débat sur la dépénalisation de l'avortement ou sur l'euthanasie : Il faut protéger la vie. Pas la vie de X, Y ou Z, non la Vie, avec un V majuscule.
Il s'agit de mots désincarnés, comme : c'est la société qui veut cela, la justice est aveugle, la politique c'est de la m...., c'est à cause de l'informatique,
La généralisation permet toutes les outrances. L'avantage avec ce genre d'arguments, c'est qu'on peut les utiliser, les malaxer comme on veut et leur faire dire tout et son contraire,
Une analyse sémantique montre bien la difficulté de se positionner pour certains partis. On parle donc, dans un flou artistique, de :
coparenté coparentalité parenté sociale parentalité sociale
Pier
