A plusieurs reprises, j'ai déjà employé les mots ultra-conservateur et ultra-libéralisme pour qualifier l'idéologie politique de G.W.Bush.

Voyons donc cela d'un peu plus près.

Ultra-conservateur

Ce terme qualifie pour moi une personne qui utilise un lecture intégriste des évènements. L'intégrisme est une doctrine visant à maintenir la totalité d'un système ou d'une religion. C'est donc principalement dans les religions dogmatiques que l'on retrouvera des ultra-conservateurs, qu'ils soient catholiques, protestants, islamistes, juifs. Dans cette approche, la religion et les applications du dogme doivent primer sur l'Etat et sur la liberté individuelle en instaurant, par la force s'il le faut, une « dictature spirituelle ».

Que ce soit pour les rabbins ultra-orthodoxes qui dénient à l'Etat une gestion qui va à l'encontre de ce que eux décident : « « aucun gouvernement n’a le pouvoir de prononcer l’établissement d’un État étranger ou d’abandonner une partie de la Terre d’Israël à des étrangers, et tout ce qui est fait à cette fin doit être déclaré nul et non avenu au nom de Dieu, le Seigneur d’Israël, qui a juré ceci et au nom du peuple d’Israël tout entier et toutes ses générations. »

Que ce soit pour les intégristes islamistes qui ne s'attachent qu'à la lettre coranique et entendent faire appliquer la charia.

Que ce soit les intégristes catholiques ou protestants qui dénient à un Etat le droit de voter des lois démocratiques allant à l'encontre de leurs convictions.

La particularité des ultra-conservateurs est leur intime conviction d'être le porte-parole d'un dieu pourtant muet associée à une lecture manichéenne de la vie.

G.W.Bush se voit comme un croisé de Dieu, archange de la lutte entre le Bien et le Mal n'oubliant pas d'être particulièrement attentif aux biens matériels de ses amis pétroliers , grands industriels ou financiers.

Ultra-libéralisme

Basé sur l'utopie néolibérale d’un marché pur et parfait, l'ultra-libéralisme veut s'accomplir non plus à travers une action transformatrice de la société mais à travers une destruction programmée de toutes les structures politiques collectives en profitant d'une politique de déréglementation financière.

Sa force, il la tire de ce que Pierre Bourdieu appelle « la force politico-économique de ceux dont il exprime les intérêts - actionnaires, opérateurs financiers, industriels, hommes politiques conservateurs ou sociaux-démocrates convertis aux démissions rassurantes du laisser-faire, hauts fonctionnaires des finances, d’autant plus acharnés à imposer une politique prônant leur propre dépérissement que, à la différence des cadres des entreprises, ils ne courent aucun risque d’en payer éventuellement les conséquences.

cette politique tend globalement à favoriser la coupure entre l’économie et les réalités sociales, et à construire ainsi, dans la réalité, un système économique conforme à la description théorique, c’est-à-dire une sorte de machine logique, qui se présente comme une chaîne de contraintes entraînant les agents économiques. »

Et donc, aucun respect économique des personnes qui n'ont pas de poids financier et aucun respect des convictions philosophiques des individus.

Pauvres droits de l'Homme !

A lire cette très belle analyse de Bourdieu sur le néo-libéralisme parue dans le Monde diplomatique en 1998