Il est des jours où la lecture de votre quotidien préféré devient jubilatoire.

Il s'agit cette fois d'une carte blanche accordée par Le SOIR au professeur émérite Marcel Bolle De Bal.

Celui-ci se définit comme un athée libre-exaministe, humaniste et spiritualiste. Et ce n'est pas pour me déplaire.

Marcel BDB développe une réponse à ceux qui stigmatisent les athées comme des critiques nihilistes et veut montrer que la spiritualité et la morale ne sont pas l'apanage des doctrines et pratiques religieuses.

J'ai tendance à percevoir l'athéisme comme un stade avancé de l'évolution spirituelle des êtres humains, correspondant à une réelle maturité psychique, rendue possible notamment par le progrès de la pensée dans les domaines scientifiques.

En d'autres termes, l'athéisme constitue, selon moi et au niveau individuel, un progrès semblable à celui qu'a représenté, sur le plan collectif, l'avènement du Siècle des Lumières et de la "dé-théocratisation" de l'Etat.

L'athéisme peut en effet apparaître comme le résultat d'une maturation intellectuelle et psychologique conduisant la personne à mieux se connaître elle-même, à rejeter des doctrines sans fondement autre que métaphorique, et surtout à accepter que certaines questions restent et resteront toujours sans réponse.

Pas question toutefois d'un quelconque mépris ou d'un refus de l'irrationnel, car pour Marcel BDB, si les idées n'ont pas pour vocation d'être respectées (mais bien d'être écoutées, analysées, discutées, améliorées, voire abandonnées ou intégrées.), il n'en va pas de même du respect des personnes que dicte la tolérance.

Pour lui, force est de constater que l'athée ne peut ontologiquement être un fanatique ou un prosélyte.

Pour Marcel BDB : la vie est à la fois merveilleuse et révoltante, heureuse et triste : elle est belle, mais nous n'avons qu'elle. A nous de faire avec et de l'aménager au mieux, à faire qu'elle soit un engagement actif.

S'il existe bien un "au-delà" , il s'agit d'un au-delà... de la personne, quelque chose qui l'incite à améliorer la vie de ses semblables, un engagement à prendre au nom de certaines valeurs.

Il définit ainsi ses conceptions philosophiques :

  • Principe du libre-examen comme méthode scientifique appliquée/adaptée non seulement à toute question scientifique mais également dans les matières humaines.
  • La tolérance : accepter les personnes ce qui n'implique pas nécessairement de respecter leurs idées.
  • Le rationnalisme

Pour lui, les principales valeurs "laïques" sont de façon non-exhaustive :

  • le raisonnement
  • l'esprit critique
  • le doute
  • le refus de tout dogme
  • la démocratie
  • les droits de l'homme
  • l'autonomie de la personne
  • le respect de l'autre
  • l'exigence de justice
  • le métissage des cultures

Certaines de ces valeurs sont partagées par la plupart des chrétiens, des juifs, des musulmans, des bouddhistes.

Certaines ne le sont pas en leur essence profonde.

Je considère que la morale doit résider en un choix libre et lucide - toujours susceptible de révision - de chacun en fonction de ce qui lui paraît bon pour sa vie personnelle en tant qu'être social, et donc pour les siens, pour les autres, pour le groupe ou la société dans laquelle il vit.

Une telle morale implique notamment une action de "reliance" humaine (c'est à dire de reconstruction des liens défaits par la société techno-bureaucratique), axée sur le partage des solitudes acceptées, l'échange des différences respectées, la rencontre des identités affirmées, le dialogue des valeurs assumées, la revitalisation des racines détériorées.

Source : Le Soir

A méditer