Vu de l'étranger, les émeutes en France avaient quelque chose d'inéluctable.

Des conditions structurelles et conjoncturelles ne pouvaient qu'amener ces débordements.

D'abord il y a cette architecture ghettoïsante. Ces barres de HLM impersonnelles, froides, antisociales dans lesquelles règne une promiscuité anxiogène, criminogène.

Et puis cette dérive néolibérale qui amène depuis des années une réduction du rôle de l'Etat dans la régulation sociétale, qui augmente durablement les inégalités sociales, qui développe une culture du "struggle for life" , d'idéologie néolibérale de jungle provoquant un enrichissement des plus riches et un appauvrissement non seulement des "classes populaires" mais également des "classes moyennes" .

Pratiquement tous les objectifs du syndicat patronal, le MEDEF, ont été rencontrés sans que cela ne provoque de relance économique alors même que c'était la raison invoquée de ces objectifs, lesquels ont toutefois permis l'explosion des bénéfices au profit des actionnaires..

Démantèlement, comme l'écrit JF Kahn dans Marianne, par sectarisme idéologique de tout ce qui avait été mis en place par JP Chevènement : police de proximité, tissage d'un réseau de médiateurs sociaux, emplois jeunes, aide ciblée à certaines associations d'utilité citoyenne. Mais aussi réduction drastique des effectifs dans l'enseignement, manque de juges, prisons indignes d'un Etat démocratique.

Refus de développer le logment social dans une majorité de communes à commencer par celle du ministre de l'Intérieur,maire, président de Conseil régional, président de parti et candidat à la présidence.

Un discours de dénigrement et de dévalorisation systématique de l'Etat. Or comme je l'écrivais dans un billet précédent, c'est quand l'Etat faillit que l'on voir surgir les intégrismes, et pas uniquement religieux.

Un abandon de la notion d'Etat républicain et de ses valeurs laïques évidemment au profit d'un Etat neutre privilégiant le communautarisme avec les résultats prévisibles que l'on connait en Angleterre.

Présence de barbus intégristes et de caïds qui récupérent le mouvement de colère et l'instrumentalisent au moins en partie.

Sans oublier les propos incendiaires d'un homme d'Etat (?) qui délibérément joue au provocateur et allume un maximum d'incendies dans un souci électoraliste.

On peut faire en sorte que l'ordre publique soit respecté, y compris par des mesures fermes, sans se mettre à ce point dans la lumière des projecteurs des caméras de télévison et sans employer un langage ou un discours limite d'extrême droite dans un premier temps pour allumer, puis froid et déterminé (pour donner l'impression d'une grande envergure) pour éteindre (ou essayer d'éteindre) martialement ce que l'on a allumé par paroles ou par idéologie politique.

Volonté d'une politique sécuritaire et dans le même temps, faillite de l'ordre républicain quand il s'agit de faire appel aux militants islamistes pour calmer le jeu.

Alors oui, je crains que la France ne soit prête pour un deuxième tour : Sarkozy - Le Pen (ce qui à mon humble avis est le but poursuivi)

Il sera alors trop tard pour que les Français pensent encore au programme néolibéral façon Bush, Merkel....