Audition du juge Burgaud
Par Pierre le 9 février 2006, 09:57 - Reflets - Lien permanent
C'était bien la moindre des choses, par rapport à mes billets précédents, j'ai regardé l'audition du juge Burgaud devant la Commission parlementaire.
Longue mise au point par le président de cette commission pour rappeler que ce n'était pas un tribunal.
Mise au point également pour signaler qu'au moindre écart des victimes présentes , la salle serait évacuée.
Là j'ai un peu tiqué.
Le juge était assisté par ses deux avocats qui devaient rester silencieux mais qui ne purent s'empêcher, hors retransmission en direct bien sûr, de souffler des réponses à leur client. Ce qui provoqua d'ailleurs une réflexion du rapporteur de la commission.
Sur la forme
Rien à dire, prestation télévisée impeccable.
Impeccable dans le sens où toute la morgue, la dureté, l'inhumanité décrites par ses victimes ont disparu. Le teint blême, hésitant, il en arrive à donner lui aussi une impression de victime.
C'est un choix d'image plus porteur que celle d'un homme froid et cassant.
Sur le fond
Par petites touches, l'air de ne pas y toucher, il a plus décrit les mécanismes qui l'ont amené à une erreur d'appréciation inéluctable (d'autres affaires du même type, des témoignages abominables, des confirmations de la police, d'experts mais oubliant de mentionner qu'il existait des éléments en sens contraire fournis par les avocats des accusés) car l'erreur elle-même, il ne la reconnaît pas franchement.
Et si lors de son enquête, il se voulait seul à décider, il se réfugie maintenant derrière un système. Personne ne lui a dit qu'il faisait fausse route.
A-t-il fait part de ses doutes sur la culpabilité des accusés à "personne" ou a-t-il présenté un dossier qu'il voulait "betonné" ??
Par cercles concentriques, une vérité doit apparaître, minutieusement préparée par ses défenseurs : c'est une erreur de diagnostic tout à fait explicable par des causes "environnementales", mais en aucun cas une faute professionnelle, un estompement de la norme (qui prévoit notamment une instruction à charge et à décharge et le respect de la présomption d'innocence)
Les questions précises du rapporteur déstabilisaient manifestement cette ligne de défense.
N'importe qui peut comprendre que ce jeune magistrat a été complètement dépassé dans cette affaire.
Mais pourquoi, vu sa jeunesse et son inexpérience qu'il met en avant aujourd'hui, n'a-t-il pas été plus habité par le doute rationnel, qui procède de l'esprit critique, pendant son instruction ??
