Liberté d'expression ou quoi ?
Par Pierre le 24 février 2006, 20:35 - Reflets - Lien permanent
Il y a quelques jours naissait une polémique sur les fonds d'écran proposés par Femfox.
Certains mots définitifs se retrouvaient dans certaines proses : pornographie, prostitution, érotisme, .....
Je me suis dit que cela valait la peine de vérifier ma position sur le sujet.
En Belgique et en France (sauf erreur), les notions d'érotisme et de pornographie ne sont pas définies dans la législation, d'autant qu'elles sont appréciées différemment dans le temps et dans l'espace.
Excepté la notion de pornographie enfantine qui est reprise comme un délit.
Je me suis donc tourné vers le CSA, Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, pour trouver une définition d'une oeuvre érotique ou pornographique.
Pour la jurisprudence du CSA, est considérée comme une oeuvre pornographique, "la représentation complaisante de sujets, de détails obscènes dans une oeuvre artistique, littéraire ou cinématographique".
Est considéré comme obscène : "ce qui blesse ouvertement la pudeur par des représentations d'ordre sexuel".
Concrètement, les scènes de pénétration complètement visible sont assimilées à de la pornographie susceptible de nuire à l'épanouissement physique, mental ou moral des mineurs au sens du décret de 2003.
Pour ce qui est de la masturbation, le CSA ne s'est pas encore prononcé.
Dans ce cadre, les fonds d'écran ne sauraient donc être qualifié de pornographiques ou d'obscènes.
Il y a eu également une approche nette déniant à une femme le droit à disposer de son corps.
Une rapide recherche montre que cette approche fait partie de la démarche d'un féminisme radical que j'ai appelé intégrisme féministe qui a émergé dans les années 80 et notamment celle-ci :
"Cette appréhension de la pornographie date du célèbre arrêt de Minneapolis de 1983. L’arrêt a statué que toutes les femmes travaillant dans l’industrie de la pornographie étaient de ce fait soumises à une coercition, laquelle étant susceptible d’entraîner des poursuites civiles à l’encontre des producteurs et des distributeurs.
La coercition est présumée, même si la femme, majeure, comprenait pleinement la nature de ses activités, avait signé un contrat.
Elle n’en était pas moins soumise à une coercition, même sous témoignage d’un non-mise en danger de sa personne et d’un salaire pleinement reçu.
Le consentement d’une femme était devenu impossible.
L’auteur de l’arrêt MacKinnon expliqua plus tard que, "dans le contexte d’inégalité de pouvoir (entre les sexes), on devait réfléchir à la signification du consentement – à savoir si ce concept possédait encore un sens".
Une société contrôlée par les hommes rendant le consentement des femmes illusoire.
Les femmes pensant donner leur accord ont été si blessées par la société machiste qu’elles ne peuvent donner qu’un consentement vicié. "
Il suffit de relire certains commentaires pour se rendre compte de la similitude parfaite entre ceux-ci et ce qui précède.Nous sommes donc bien dans une démarche ultra-féministe
Ce qui me trouble, comme je l'ai écrit, est que des femmes se sont battues pour obtenir le contrôle de leur propre corps. Elles y arrivent à peine dans quelques pays privilégiés et dans le même temps, les ultra-féministes sont les premières à leur dénier ce droit, avec d'ailleurs les intégristes islamistes qui eux considèrent que la femme doit se protéger des regards des hommes pour ne pas éveiller leur concupiscence.
Y a-t-il autre chose qui a été écrit par certaines ?
J'ai beau retourner l'approche dans tous les sens, je ne parviens pas à voir la différence entre la démarche qui consiste à obliger une femme à cacher son corps avec des vêtements amples et celle qui veut censurer des images d'une femme qui le montre un peu (et si peu) dénudé.
L'approche me semble dogmatique dans les deux cas.
On a glissé, en France, de la notion d’outrage aux bonnes mœurs à la notion de message à caractère pornographique. (amendement Jolibois en 1993)
"On ne savait déjà pas trop ce qu’étaient les " bonnes mœurs ", mais là on est sûr d’ignorer complètement ce que peut désigner le " message à caractère pornographique ". (Pauvert)
Ouvrant ainsi la porte à la censure, ce qu'ont compris ceux et celles qui ont réagi à cette volonté de limiter la liberté d'expression.

Commentaires
«En Belgique et en France (sauf erreur), les notions d'érotisme et de pornographie ne sont pas définies dans la législation, d'autant qu'elles sont appréciées différemment dans le temps et dans l'espace.»
La loi sur la protection des mineurs précise que les mineurs doivent être protégé de la pornographie (et des images de violence, et des sectes). D'ailleurs la dernière fois que j'ai vérifié, les listes noires utilisées pour filtrer l'accès à internet dans les établissements scolaires publics contenait des catégories pornographie, violence, piratage, publicité, mais rien sur les sectes.
Un article un peu ancien sur le sujet sur la protection des mineurs qui signale effectivement que la loi ne définit pas la pornographie:
www.journaldunet.com/juri...
Ceci étant dit, j'ai été surpris de constater que la page d'accueil de femfox mentionnait un avertissement:
«En entrant sur ce site, vous certifiez que vous avez 16 ans ou plus.
By entering this site you are stating that you are 16 years of age or older.»
Comme nous en sommes à la notion de "message à caractère pornographique", lequel caractère peut être différemment apprécié suivant les cours et tribunaux, il s'agit très vraisemblablement d'une "précaution juridique" pour ne pas tomber justement sous le coup de la loi protégeant les mineurs