L'exécution de Joseph Clark avait été annoncée pour 10 heures du matin, mardi, à la Southern Ohio Correctionnal Facility, une prison du sud de l'Ohio.

Très vite toutefois, les deux «techniciens » censés procéder à l'injection létale ont eu des problèmes.

Ils n'ont pu placer une aiguille dans chaque bras, comme le veut la procédure. Ils ont dû se contenter de piquer le bras gauche du condamné à mort, avant de quitter la chambre d'exécution.

Dans la salle des témoins, les journalistes ont alors entendu Joseph Clark dire cinq fois: « Ça marche pas; ça marche pas.» A 10 h 37, les deux techniciens ont réapparu pour constater que la veine où était injecté le sédatif (thiopendal de sodium) avait éclaté. Et que Clark n'était donc pas endormi. Les deux hommes ont alors tiré le rideau pour poursuivre l'exécution.

Cités dans le «Columbus Dispatch», les témoins disent avoir entendu Joseph Clark «gémir, crier à l'aide et faire des bruits gutturaux ». Selon la prison, ce Noir de 57 ans qui avait reconnu avoir tué un homme durant un cambriolage en 1984, est finalement mort à 11h26. Soit 84 minutes après le début de son exécution.

Même si la presse américaine n'en a pas fait ses gros titres, le supplice de Joseph Clark va sans aucun doute relancer aux Etats-Unis le débat sur l'injection létale comme méthode d'exécution.

Depuis plus de trois ans maintenant, les adversaires de la peine de mort en ont fait un argument majeur pour affirmer que la procédure d'injection va à l'encontre du huitième amendement de la Constitution, qui bannit tout châtiment « cruel et inhumain».

La campagne contre l'injection létale a commencé au printemps 2003 dans le Tennessee. A l'époque, un dénommé Abu Ali Abdur Rahman, un Noir Américain de 52 ans, dans le couloir de la mort depuis 1987, déposait une action en justice contre le Tennessee en l'accusant justement de « porter atteinte à la Constitution».

Dans un mémorandum, ses avocats remettaient en cause l'utilisation d'un relaxant musculaire, le bromure de pancuronium, lors des exécutions par injection mortelle. Ils assuraient notamment que ce type de bromure, commercialisé sous le nom de Pavulon, «dissimulait les souffrances» des condamnés.

Et d'expliquer que l'injection létale consistait en l'injection de trois composants : un anesthésiant, du Pavulon, et du chlorure de potassium, qui entraîne la mort. Seul problème, poursuivaient-ils : quand l'anesthésie ne fait pas effet, le Pavulon empêche le prisonnier d'exprimer les souffrances provoqués notamment par le chlorure de potassium.

Depuis, Abu Ali Abdur Rahman est toujours en procédure d'appel, mais le débat s'est élargi. A plusieurs reprises l'année dernière et cette année, la Cour suprême américaine et des tribunaux locaux ont suspendu des exécutions, en se posant des questions sur l'injection létale.

La semaine dernière, la même Cour Suprême a décidé de considérer un en Floride, pour essayer notamment de déterminer si on peut s'assurer que les condamnés à mort sont bien inconscients au moment où leur sont administrés le Pavulon, puis le chlorure de potassium.

Récemment, la Caroline du Nord a en outre proposé d'installer un appareil permettant de mesurer l'activité cérébrale du condamné. Et de déterminer s'il a sombré dans l'inconscience et quand exactement.

Dans l'Ohio, où Jospeh Clark a mis une heure et demie à mourir, le directeur du département des établissements pénitenciers, Terry Collins, a assuré que toute la procédure d'injection serait «revue». Mais il a aussi affirmé qu'il avait eu « totalement raison» de fermer le rideau quand « l'incident a eu lieu ».

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