Monsieur Tenzin Gyatso, 14e dalaï-lama de son état, est en visite en Belgique non seulement pour un cycle d'enseignement à l'intention des 50.000 bouddhistes belges mais également pour l'inauguration du plus grand temple bouddhiste européen, à HUY.

Il devait venir il y a un an, mais sa visite coïncidait avec un séjour en Chine des souverains belges et d'une délégation économique. Et comme la Chine a envahi le Tibet en 1959 et l'occupe depuis, cela aurait pu jeter un froid dans les relations diplomatiques.

Il y a des faits qui fâchent : invasion d'un pays, 1 million de morts suite à cette occupation, transferts de population, destruction de 6000 monastères, 100.000 tibétains en exil.

Dans le grand marché spirituel actuel, il faut dire que le bouddhisme prend volontiers place dans le caddie du shopping "new age" de ceux et celles qui ont besoin de guides pour donner un sens à leur vie et de recettes faciles pour y arriver.

En Orient le bouddhisme est une religion. le Tibet était d'ailleurs dirigé par un régime théocratique féodal dont le dalaï-lama était le chef spirituel et temporel, bien que son autorité religieuse soit limitée à une des quatre écoles du bouddhisme tibétain, celle des Gelugpa (les "bonnets jaunes") représentant moins de 2% des bouddhistes.

En Occident, le bouddhisme est plutôt appréhendé comme une philosophie de vie, comme une "prise de refuge" dans le bouddha et dans sa doctrine, en y associant la pratique de la méditation.

Pour faire simple, le bouddhisme repose sur quatre "nobles vérités" :

  • toute vie implique une souffrance
  • l'origine de cette souffrance repose dans le désir
  • la fin de la souffrance est possible
  • le chemin qui y mène est la "voie du milieu"

3 grandes écoles partagent cette leçon de choses :

  • L'école du "petit véhicule" , traditionnaliste et austère
  • L'école du "grand véhicule", qui ne se limite pas aux écrits du bouddha
  • L'école du "véhicule du diamant", ésotérique

les adeptes belges issus de l'immigration asiatique suivent l'enseignement de l'école du "grand véhicule" (bouddhisme de la terre pure et du zen).

les Cambodgiens, Thaïlandais, Sri-Lankais, Laotiens suivent plutôt l'enseignement de l'école du "petit véhicule"

Tandis que les belges pratiquants ou sympathisants se retrouvent dans l'école du "véhicule du diamant", minoritaire en Asie, mais proposant une liturgie haute en couleurs.

Ce qui répond sans doute à celui qui ne peut se passer de rituels (et leur côté structurant) pour organiser sa vie

Ce qui donne en Belgique : 16 associations bouddhistes fédérées parmi lesquelles : 7 "grand véhicule", 6 "véhicule du diamant", 2 "petit véhicule"

Source : Le Soir 29/05/06

Le bouddhisme belge a donc demandé à être reconnu comme pratique non confessionnelle, à l'instar de la laïcité, afin de bénéficier d'un financement public et de la possibilité d'offrir un enseignement du bouddhisme à l'école.

Si le bouddhisme ne reconnait ni dieu, ni credo, ni vérité révélée, ni dogmes, ni commandements ou interdits absolus, il faut quand même noter la mysogynie de certains textes fondamentaux, approuvés par le dalaï-lama.

Exemple : de l'impureté du corps féminin "...comme un vase décoré rempli d'ordures"

On a connu plus classieux

Pour le contrôle de la natalité, le dalaï-lama préconise le préservatif comme méthode non violente. Il n'est pas contre le clonage, mais condamne l'avortement.

Il écrit également ceci : "Supposons que par le biais de différentes recherches, la science arrive un jour à la conclusion définitive qu'il n'y a pas de réincarnation, si cela est entièrement prouvé, alors nous devrons l'accepter et nous l'accepterons".

Et cette pensée pour la fin : "L'essentiel pour les hommes politiques est de faire preuve de sincérité, d'honnêteté et de compassion"