La foi, c'est quoi (1)??
Par Pierre le 17 octobre 2006, 09:05 - Reflets - Lien permanent
Michel Theys a eu la gentillesse de me faire parvenir le texte d'une conférence donnée en février 2006 devant une assemblée de libres-penseurs.
Il s'interroge sur ce qu'est la foi et tente plusieurs réponses au fil de différentes approches : psycho-neuro-physio-génético-éducative.
Comme son texte est dense, il me faut le découper pour en garder une certaine lisibilité puisqu'il est au départ destiné à être "dit".
Pour garder toutefois une certaine cohésion à l'ensemble, je fermerai les commentaires jusqu'au dernier billet de façon à permettre une réaction d'ensemble.
Je l'ai déjà écrit, pour moi la foi est un phénomène exclusivement culturel construit sur une imprégnation permanente basée sur le mythe et les incantations.
Michel Thys va plus loin dans sa réflexion et aborde d'autres causes possibles.
Chapitre 1 : APPROCHE PSYCHOLOGIQUE de la foi .
Le LAROUSSE définit la foi comme « le fait de croire en Dieu, en des vérités religieuses révélées ».
Le petit ROBERT ajoute : « en un dogme, par une adhésion profonde de l’esprit ET du cœur ».
C’est un bon point de départ, car toute la question sera de se demander dans quelle proportion.
Je n’évoquerai pas toutes les formes de croyances qui ont existé depuis la nuit des temps selon les cultures. Disons seulement que les premiers témoignages d’une forme de croyance sont fournis par les sépultures et les rites funéraires, l’art, les parures, etc … qui apparaissent vers 100.000 ans avant l’ère chrétienne.
C’est sans doute en observant les grands cycles de la nature et en particulier la course du soleil et de la lune que les hommes ont bâti leurs mythes fondamentaux. Ainsi la grotte de Lascaux est-elle devenue une grotte sacrée parce que la lumière du soleil solsticial d’été y pénétrait chaque année.
Mais les premières divinités n’apparaissent que bien plus tard, vers moins 10.000, au Proche-Orient. Il fallait sans doute que le cerveau des primates hominidés se soit complexifié, qu’il ait compensé, par une lente adaptation, ou par une mutation, la faiblesse corporelle du corps humain et qu’il soit devenu capable, par ce mécanisme de défense, d’imaginer des dieux protecteurs anthropomorphiques pour tenter d’apaiser leur colère par des sacrifices ou de gagner leurs faveurs.
En simplifiant à outrance par un bond de plusieurs millénaires, disons que, de nos jours, l’animisme, le chamanisme, le polythéisme, le panthéisme sont devenus exceptionnels, au profit de la croyance en un dieu personnel, ce monothéisme devenant hélas la source de toutes les intolérances.
On estime qu’il y a 85 % de croyants dans le monde, dont 35 % de chrétiens, 20 % de musulmans, et seulement 1 % de juifs. Il n’y a donc que 15 % de sans religions, essentiellement dans les pays européens.
Sans minimiser, tant s’en faut, l’influence des philosophes, depuis les Grecs notamment, dans l’appréhension des inquiétudes existentielles et dans l’évolution des mentalités, il m’apparaît quand même que les sciences cognitives, qui sont les filles de la philosophie, apportent un éclairage complémentaire et fondamental. Notamment les neurosciences.
Un sociologue attribuera sans doute la croyance généralisée hors de l’Europe au fait que les croyants pratiquants (les chrétiens, surtout américains, les juifs et les musulmans) baignent du matin au soir, et sans alternative, dans leur religion et ne mettent donc pas en doute, ne fût-ce qu’un instant, l’existence d’un dieu créateur et omnipotent auquel ils trouvent normal de se soumettre.
Par contre, dans les démocraties modernes, les religions ont perdu leur emprise sur la vie morale des individus et, l’individualisme aidant, on s’affranchit de plus en plus, le cas échéant, de son éducation religieuse.
Les lieux de culte se vident, chacun préférant, comme l’a bien montré la sociologue Danielle HERVIEU-LEGER, se concocter un amalgame de croyances pouvant inclure la superstition et l’astrologie, à moins de se faire harponner par les sectes, expertes en récupération, prosélytisme, abus de faiblesse, conditionnement, manipulation mentale et escroquerie morale.
Mais comment répondre à mon éternelle question : pourquoi d’éminents scientifiques et intellectuels, tels qu’ EINSTEN, TEILHARD DE CHARDIN, Alexis CARREL, Carl JUNG, Paul CLAUDEL, Albert JACQUARD, Françoise DOLTO, Christian de DUVE et quantité d’autres, sont-ils restés croyants ou déistes, même si ce fut avec d’importantes nuances, critiques ou rationalisations ?
En fait, leur biographie est révélatrice : je constate qu’ils ont TOUS reçu une éducation religieuse, ou alors subi des influences judéo-chrétiennes ultérieures, ou enfin, mais c’est théorique et rarissime, parce qu’ils auraient réagi a contrario à une éducation laïque trop exclusive.
Quoi qu’il en soit, la corrélation me paraît flagrante.
Hélas, les facteurs éducatifs et culturels qui sont à mon avis à l’origine de la foi sont à peine envisagés par les chercheurs, et sont aussitôt occultés au profit de facteurs neurophysiologiques ou génétiques.
Vous devinez pourquoi : ils sont presque tous croyants ou déistes, surtout outre-atlantique, et ils ont donc eux-mêmes reçu une éducation religieuse … Citons une exception célèbre : Sigmund FREUD qui, lui, s’en est affranchi et pour qui la religion était une névrose obsessionnelle collective.
A mes yeux, la toute puissance de l’éducation religieuse a été notamment démontrée - paradoxalement – par l’ouvrage « Psychologie Religieuse » paru en 1966 du R. P. Antoine VERGOTE, professeur à l’Université Catholique de Louvain. Il y explique les motivations psychologiques de la foi et l’influence du milieu familial et culturel.
Il reconnaît, quasi explicitement, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas, ce que tous les parents incroyants savent depuis toujours.
Ainsi il écrit :
« La disponibilité religieuse de l’enfant ne prend forme qu’à la condition d’être précocement éduquée. » (…)
« Les gestes et le langage religieux des parents (..), la célébration des fêtes religieuses marquent de façon INDELEBILE les souvenirs d’enfance de nombreux adultes et déterminent leurs sentiments d’appartenance religieuse ».
J’y reviendrai à propos de l’approche éducative.
Et bien entendu, le Révérend VERGOTE ne suggère pas que Dieu pourrait n’ « exister », que par l’aptitude du cerveau humain, seul capable de langage et de créativité, à imaginer par anthropomorphisme ce dieu « Père protecteur et substitutif , authentique, Présence Opérante du Tout-Autre» etc …
Merci quand même, Rév. Père, d’avoir accéléré l’évolution du croyant (protestant) que j’étais jusqu’à 21 ans vers l’athéisme, il y a 46 ans !
Fin du chapitre 1
