La foi, c'est quoi (2) ??
Par Pierre le 17 octobre 2006, 09:17 - Reflets - Lien permanent
Suite du texte de Michel Thys
Chapitre 2 : APPROCHE NEUROLOGIQUE de la foi :
Pendant longtemps, pour des raisons religieuses, on a entretenu le dualisme de DESCARTES, la séparation entre le corps et l’esprit, estimant que les sentiments n’avaient rien à voir avec la biologie.
Le neurologue Antonio DAMASIO, dans ses livres « L’erreur de Descartes » et « Spinoza avait raison » a eu le mérite de montrer que ce philosophe hollandais avait pressenti certaines découvertes de la neurophysiologie moderne.
1. C’est dans les années 70 que l’étude du cerveau a connu son essor, avec notamment en 1977, le psychologue Julian JAYNES qui avança la théorie de l’ « esprit bicaméral ». Il estimait qu’à l’origine, les deux hémisphères cérébraux fonctionnaient de concert, aucun des deux ne dominant l’autre, comme c’est le cas aujourd’hui pour l’hémisphère gauche.
2. Par la suite, on a estimé que, statistiquement et avec des variations individuelles, l’hémisphère gauche, dit scientifique, est analytique, verbal et temporel, tandis que l’hémisphère droit, dit artistique, est synthétique, émotionnel, non verbal et spatial, et cela sous l’influence directe des hormones (testostérone, oestrogènes, etc …), dès les premières semaines de la vie intra-utérine.
3. Il est peut-être utile de rappeler brièvement la théorie du triple cerveau du neurologue Paul Mac LEAN. On peut même dire que ce n’est plus une théorie mais un fait. Tout comme est un fait la théorie de l’évolution d’ailleurs. Je vais bien sûr simplifier à l’extrême.
Le cerveau humain est constitué de trois fonctions évolutives bien différentes anatomiquement et psychologiquement : le cerveau reptilien, le cerveau mammalien ou limbique et le cerveau humain ou néo-cortex.
Le cerveau reptilien, le plus ancien dans l’évolution et le plus profond, est le siège des fonctions vitales et des comportements stéréotypés, comme la fuite. Il est le lieu de la routine, des rituels, des cérémonies, …
Le cerveau mammalien ou limbique s’y est superposé et est le siège des émotions, mais aussi, selon Mac LEAN, des certitudes quant aux révélations et aux croyances.
La foi, à la base de toutes les idéologies, se situe à ce niveau. Il est relié à l’hypothalamus , au tronc cérébral et aux cortex. Il permet l’adaptation au milieu social par l’empathie, l’intégration à un groupe, les convictions et croyances, l’amour … Mais il est imperméable à toute logique.
Enfin est apparu le cerveau humain ou néocortex , dont dépend l’esprit rationnel, etc … Le néocortex est conscient de ses automatismes et de ses pulsions et il peut les gérer par sa fonction imaginaire. Il représente la conscience, la capacité symbolique, et le langage, base de la pensée abstraite.
4. Depuis quelques années, des neurologues, surtout américains et canadiens, explorent les soubassements neurobiologiques de ce qu’ils ont appelé les « expériences religieuses, spirituelles et mystiques ».
Bien des découvertes ont été faites lors et à la suite de traumatismes crâniens, d’opérations ou de maladies mais actuellement, on utilise notamment trois techniques :
- l’ IRM, imagerie par résonance magnétique, où on polarise par un électroaimant les atomes d’hydrogène du cerveau,
- l’IRM fonctionnelle, qui mesure l’augmentation d’oxygène dans le cerveau lorsque les neurones deviennent très actifs.
- la tomographie par une caméra à émission de positons qui détecte l’accroissement de radioactivité autour des neurones lorsque la vasodilatation provoque une augmentation du débit sanguin. Des religieuses ont servi de cobayes.
Il est clair que la plupart de ces chercheurs, espéraient, consciemment ou inconsciemment, conforter leur propre croyance, par la découverte de l’antenne, du récepteur que Dieu aurait placé dans leur cerveau, sans se rendre compte de leur a priori déterministe et finaliste, ni qu’ils escamotaient allègrement tout ce qui n’allait pas dans le sens de leur thèse !
Où ont-ils cherché ce récepteur ?
Puisque le sentiment religieux relève de l’affectivité, (même si tous les scientifiques croyants voudraient bien l’attribuer tout autant à l’intelligence, fierté oblige), c’est essentiellement du côté du « cerveau émotionnel », donc du système limbique, à la base du cerveau antérieur et sous les lobes temporaux, qu’ils ont commencé à chercher cette antenne dans les années 80.
Ce système limbique comprend les amygdales, les hippocampes, mais aussi plusieurs régions corticales, comme le cortex préfrontal, le cingulum, le septum et certaines zones de l’hypothalamus.
L’HIPPOCAMPE est important, de notre point de vue, car il reçoit notamment les messages sensoriels (visuels, auditifs, olfactifs, gustatifs et tactiles).
Ce n’est évidemment pas un hasard si, depuis toujours dans les lieux de culte, nos cinq sens sont sollicités : immensité des cathédrales, décorum, dorures, œuvres d’art ; grandes orgues (ou chants rythmés) ; encens ; vin de messe ou hostie ; attouchement sur le front ou génuflexion. No comment …
Ce qui va suivre me paraît fondamental parce que cela pourrait expliquer le mécanisme neurologique de l’apparition de la foi et de sa persistance : c’est que l’hippocampe va mémoriser ces messages sensoriels. Mais nous verrons que des neurotransmetteurs interviennent également.
Le neurophysiologiste français Patrick JEAN-BAPTISTE, auteur de « La Biologie de Dieu » nous explique que « suivant la fréquence des informations, l’activité électrique de ces neurones change de façon durable. C’est, dit-il, la seule trace physique connue laissée par le processus d’apprentissage.
Contrairement à d’autres, ajoute-t-il, ce complexe fonctionnel qu’est l’hippocampe est totalement dépourvu du moindre mécanisme modulateur. Aucun neurone inhibiteur, ce qui explique pourquoi les crises d’épilepsie y débutent si souvent. ».
Or les hippocampes sont anatomiquement en contact direct avec les AMYGDALES (pas celles de la gorge, bien entendu). Celles-ci sont très richement connectées au cortex frontal et au cortex préfrontal : elles sont en quelque sorte l’articulation de l’esprit avec le corps, telle que l’envisageaient les philosophes, même si cet esprit, pour les neurologues matérialistes, n’est qu’un état particulier de la matière.
Autre découverte importante : chez l’enfant, les circuits de l’amygdale deviennent matures AVANT les circuits de l’hippocampe. La mémoire émotive implicite , notamment religieuse, pourrait alors s’implanter sans qu’aucun souvenir explicite lui soit associé.
Avec le temps, écrit le neurophysiologiste JEAN-BAPTISTE, l’information finira d’ailleurs par s’imprimer à l’intérieur du cortex cérébral, probablement sous forme de nouvelles connexions neuronales ». C’est ce qu’on appelle la plasticité synaptique.
Voilà qui expliquerait peut-être la persistance du sentiment religieux et la phrase d’Henri LABORIT : « Je suis effrayé, dit-il, par les automatismes qu’il est possible de créer, à son insu, dans le système nerveux d’un enfant. IL lui faudra, dans sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’en détacher, s’il y parvient jamais. (…) Vous n’êtes pas libre du milieu où vous êtes né, de tous les automatismes qu’on a introduits dans votre cerveau, et finalement, c’est une illusion, la liberté ».
5. Deux sortes d’altérations cérébrales ont été étudiées comme pouvant être à l’origine de certaines manifestations religieuses : l ’EPILEPSIE et l’ EXPERIENCE DE MORT IMMINENTE.
Lorsqu’une crise d’ EPILEPSIE se produit à la base du cerveau, en particulier dans le lobe temporal et les structures sous-jacentes
comme le système limbique, les symptômes sont d’ordre émotionnels : une extase intense, ou un profond désespoir, ou des terreurs extrêmes, la sensation d’une présence divine et de communiquer directement avec Dieu.
Suprême récompense divine si l’on peut dire : il arrive que des femmes aient des orgasmes pendant ces crises. Espérons que c’est vrai aussi pour ces malheureuses religieuses !
Ceci dit, on ignore pourquoi les hommes qui ont des crises d’épilepsie localisées à ces endroits ne sont pas sujets à des orgasmes. Peut-être parce que les femmes sont psycho-physiologiquement beaucoup plus compliquées que les hommes.
Mais l’épilepsie ne rend pas religieux : il faut que préexiste une attente d’ordre religieux, comme ce fut le cas pour Saint Paul, Moïse, Mahomet, Bouddha, Dostoïevski, Jeanne d’Arc, Bernadette Soubirous, et consorts.
SAVER et RABIN l’avaient bien compris en 1997 : « Le teinte religieuse d’une crise dépend du contexte culturel du malade. »
Et savez-vous pourquoi les femmes sont globalement plus croyantes que les hommes ?
C’est parce que leur cerveau présenterait plusieurs différences : surtout dans le système limbique, à l’intérieur des amygdales, peut-être en raison de l’imprégnation hormonale durant la vie fœtale.
Chez les femmes, le corps calleux qui réunit les deux hémisphères, y est plus épais de 18 % (il y passe plus de fibres nerveuses que chez les hommes). D’où peut-être notamment une plus grande affectivité, un besoin constant d’être rassurées, et donc aussi par Dieu …
Je viens de recevoir, avant sa publication par la Fondation protestante canadienne TEMPLETON qui l’a financée (100.000 dollars en deux ans sur les 40 millions qu’ils distribuent par an !), les conclusions de l’étude menée sur des religieuses carmélites par le neurophysiologiste canadien Mario BEAUREGARD, avec qui je suis en correspondance.
Il a utilisé trois techniques : l’imagerie par résonance magnétique, la tomographie par émission de positons, et l’électroencéphalographie.
Après la précaution oratoire pro forma selon laquelle « la réalité objective de Dieu ne peut être ni confirmée ni infirmée par les neurosciences », il cite d’abord la conclusion de SAVER et RABIN qui écrivaient : « L’un des postulats de base des neurosciences spirituelles est qu’ il existe des mécanismes neurobiologiques rendant possibles les expériences religieuses, spirituelles et mystiques », et que « la démonstration de ces mécanismes peut renforcer la foi en Dieu, dans la mesure où ils suggèrent qu’un pouvoir supérieur a donné aux êtres humains la capacité de communiquer avec le monde spirituel ».
On y subodore ce que pensent ces chercheurs intellectuellement matérialistes mais qui restent manifestement influencés par leur foi…
Mario BEAUREGARD, également croyant, regrette l’idéologie matérialiste de certains chercheurs, tels que feu Francis CRICK.
C’est le co-découvreur de la structure en double hélice de l’ADN, et un des seuls athées que j’aie trouvé. Pour CRICK, les facultés mentales supérieures, la conscience, le libre arbitre sont générés par des processus cérébraux de nature électrique et chimique.
Francis CRICK « est allé jusqu’à affirmer, écrit Mario BEAUREGARD, que la croyance en l’existence de Dieu pourrait être due à des molécules mutantes dans le cerveau, qu’il a moqueusement baptisées « théotoxines ». On perçoit bien la désapprobation.
Et ça continue : « Dans la même veine, dit-il, le neuropsychologue Michael PERSINGER affirme haut et fort que la croyance religieuse est un virus cognitif .
« Pour Persinger, poursuit Beauregard, les expériences religieuses, spirituelles et mystiques sont des hallucinations résultant de fluctuations électriques anormales, ou micro-crises, dans le lobe temporal. Cette hypothèse s’appuie sur l’observation que certains individus souffrant d’épilepsie du lobe temporal ressentent une déréalisation, une aura extatique ainsi qu’une altération de la perception du temps et de l’espace. »
Mario BEAUREGARD mentionne aussi une expérience du neurologue croyant RAMACHANDRAN, l’auteur du « Fantôme Intérieur », qui a comparé un groupe d’ individus soufrant d’épilepsie du lobe temporal à un groupe d’individus religieux et qui a conclu qu’ « il existe un module cérébral de Dieu localisé dans le lobe temporal et sous-tendant la croyance au religieux et au spirituel ». BEAUREGARD le conteste, mais pas, comme je l’aurais apprécié, en invoquant que l’échantillon étudié aurait dû comporter des athées. Il est vrai que c’est une espèce rarissime outre-atlantique …
SAVER et RABIN, en 1997, contestaient déjà ce genre de localisations simplistes. Ils écrivaient en effet : « Il n’existe aucune structure propre au discours religieux dans l’hémisphère gauche, à sa teneur prosodique ou émotionnelle dans l’hémisphère droit, ou aux discussions scolastiques ou talmudiques dans le lobe frontal » . Et ils ajoutaient : « Le substrat neural de la prépondérance d’une pensée ou d’un affect est donc l’ensemble du cerveau.
Et de fait, mais c’est moi qui vais tenter de résumer : ce sont les interconnexions entre les deux hémisphères, et celles entre le cortex et les zones sous-jacentes du cerveau affectif, c’est-à-dire le système limbique dont l’hypothalamus qui commande le système hormonal etc , ce sont ces interconnexions qui sont responsables de l’équilibre fonctionnel du cerveau. Son fonctionnement, dont on ne cesse pas de découvrir la complexité, est en effet la résultante d’influences multiples : psychologiques, neuro-physiologiques, hormonales, génétiques, éducatives, etc …, et qui sont en équilibre instable.
Fin du chapitre 2
