Pierre de Locht
Par Pierre le 13 mars 2007, 11:41 - En direct de la sacristie - Lien permanent
Le chanoine Pierre de Locht s'est éteint vendredi dernier.
Cet homme était un humaniste ce qui lui créa quelques ennuis avec les autorités vaticanes.
Il avait pris position pour la dépénalisation de l'avortement dans les années 80 s'attirant les foudres "célestes" et il fut à deux doigts d'être écarté de son poste d'expert en sciences familiales et sexologiques à l'Université Catholique de Louvain.
Il plaidait également pour l'ordination d'hommes mariés ou l'accès des femmes à la prêtrise !!
Il regrettait l'effet dévastateur de la centralisation du pouvoir de l'église "en faveur d'un tout petit nombre, le pape et sa curie"
Ecrivant même : "Quand je constate qu'un petit groupe d'hommes célibataires décide pour le monde entier de ce qui est une valeur morale dans la contraception, je m'interroge. Et je me demande quel lien cela a réellement avec l'Evangile.
Il poussait son humanisme assez loin : "Si Dieu me paraissait restreindre en quoi que ce soit ma capacité humaine, je renoncerais à Dieu plutôt qu'à mon identité humaine".
C'était un type bien, très bien même.

Commentaires
C'était un type bien...Il était et il est plus que cela. Pierre de Locht nous laisse une extraordinaire présence de courage, de force, d'écoute, d'humanité, de sagesse, d'humilité. Il était proche, formidablement proche, de chacun et de chacune. Il affirmait une pensée ouverte et est resté fidèle à lui-même, à sa foi,à la force qu'il puisait dans l'Evangile, à ce en quoi il croyait et qu'il n'a cessé de défendre. Cet homme de dialogue et d'ouverture a jeté des ponts entre croyants, athées, agnostiques. Ce qu'il a semé reste vivant.
Un type bien en effet, un doux, un sage, un juste.
Ce fut une grâce de croiser son chemin.
Toujours en quête de vérité(s) au singulier comme au pluriel, toujours à l'écoute de la parole de l'autre ce libre penseur évangélique, incarnait celle d'un Jésus d'avant les églises, les dogmes et les conciles.
Lorsqu'il vint fêter dans une école communale de quartier, ses soixante ans de prêtrise des centaines d'amis fidèles vinrent partager sa table et sa joie.
Un superbe arc-en-ciel surplomba l'horizon schaerbeekois.
Roger Lallemand, Paul Danblon et Jacques Gaillot étaient présents.
Que sa pensée décantée nous éclaire et que nous guide son exemple.
J'aime bien l'expression "libre penseur évangélique".
Dans laquelle je comprends le sens de "évangélique" lequel renvoie toutefois aussi à l'évangélisme qui est très loin lui, je pense, du sens que vous donnez à ce mot
Un autre libre penseur "évangélique" est, pour moi, Gabriel Ringlet
Ces croyants ne montrent aucune arrogance dans leur rencontre avec l'Autre. L'évènement fondateur de leur pensée (leur rencontre avec l'évangile) reste personnel. Ils sont "libre-penseur" car ils refusent les dogmes, leurs préférant des valeurs universelles de tolérance, de respect de l'Autre
Cette démarche de confrontation permanente entre "le mythe organisé" (un texte fondateur) et la réalité doit certainement être difficile
Il était bon, proche et généreux, il était beau, il semtait bon le sable chaud (métaphoriquement, s'entend).
Lui, au moins, homme de foi, de courage, d'abnégation, de générosité, d'ouverture, lui savait être ouvert aux idées du monde moderne (loué soit son saint nom), ce monde généreux qui sait seul réellement nous guider dans les pas de la vérité vers un plus grand bonheur certain.
Il incarnait vraiment le Jésus gentil des évangiles, celui qui nous dit que rien n'est mal, que le mal n'existe pas, qui nous dit de ne pas nous inquiéter, que tout ira bien, quoi qu'il arrive, quoi qu'on fasse, et qui nous pardonne quand-même - juste pour le plaisir de la gentillesse partagée.
Lui seul avait compris parfaitement le message de l'evangile, si souvent répété par Jésus : renoncer à Dieu plutôt qu'à soi !
Ainsi il posait en toute consience sa réponse à la question toujours posée, comme en écho au toujours posé "Quis ut Deus ?" Lui a su courageusement répondre : "non serviam". loué soit-il.
L'ironie facile de Ti'hamo envers Pierre de Locht nous montre assez bien les réactions provoquées par l'humanisme agissant de ce chanoine.
Quant aux idées du monde moderne prônées par P.de Locht, elles remontent au moins à certains penseurs grecs ce qui ne nous rajeunit pas. Humanisme, respect de l'Autre, Ouverture au dialogue existent depuis des centaines d'années, n'en déplaisent aux esprits chagrins.
Comme son inspirateur, lui aussi était contre les prêtres arrogants, sauf qu'il ne pût les chasser du Temple