Liberté d'expression ou liberté de parution ?
Par Pierre le 18 mars 2007, 18:42 - Reflets - Lien permanent
C'est très tendance pour le moment, il est de bon ton de procéder aux mérites comparés des journalistes et des blogueurs dans la transmission de l'information.
Avec évidemment un très net avantage aux premiers puisque cette tendance est inspirée par le gouvernement de droite français, dans le cadre d'une campagne présidentielle où la maîtrise totale des medias d'informations est impérative pour donner la meilleure image possible du candidat UMP.
Alors tous ces blogueurs incontrôlables, même si certains se mettent sous contrôle, qui informent dans une ligne éditoriale libre, cela semble indisposer.
Des lois d'ailleurs utilisées pour museler chaque fois que possible les réfractaires à la pensée officielle. Que ce soit par intimidation par les procédures de diffamation, ou par interventions des autorités éducatives, policières dont dépendent ceux qui, courageusement, ne font que donner leur vécu souvent diamétralement opposé à ce qui est politiquement correct et relayé par certains médias "sous influence".
Cela fait toujours tâche quand le personnel de terrain vient contredire le discours officiel.
Mais ce ne sont là que broutilles et le gros des blogueurs reste « intouchable ».
Et donc l'envie de mettre en pratique des lois limitant la liberté d'expression, traduite pour l'occasion en liberté d'information taraude sérieusement certains politiques mus par une idéologie néolibérale.
Cette restriction de la liberté d'information est toujours le propre de systèmes politiques totalitaires (fascistes, staliniens) ou néolibéraux purs et durs (préservation du modèle idéologique et d'intérêts économiques) mettant cyniquement en avant l'intérêt supérieur de l'Etat, de la patrie, etc .
Alors, il faut préparer l'opinion.
Rien de tel, dès lors, que de mettre en avant l'importance de la carte de journaliste pour garantir que l'information diffusée est garantie « établie selon des règles déontologiques ».
Venant de medias dont les propriétaires ou les directeurs de l'information n'ont jamais été aussi proches du pouvoir en place, c'est l'hôpital qui se fout de la charité quoi.
Mais en quoi un diplôme d'une école de journalisme ou une carte de presse garantissent-ils l'intégrité, la probité de ceux qui les portent ??
Le discours actuel met en avant le fait que seul pratiquement, un journaliste recoupe, trie, analyse ses informations avant de les publier.
Comprenons-nous bien, nombreux sont ceux qui ont de leur métier une haute idée, des valeurs nobles, des objectifs avouables - servir la démocratie – et qui sont l'honneur de leur profession.
Pour autant, dans les structures où la ligne éditoriale tient lieu de pensée unique, leurs écrits sont-ils publiés, publiés moyennant censure ?
Quand on voit les nombreux dérapages médiatiques tant télévisuels que de la presse écrite, on peut se poser des questions.
Dérapages de 4 types :
- Désinformation, par exemple par la déformation des propos de tel ou tel candidat, ou en montant en épingles les bourdes, les carences des uns et en taisant celles de l'autre. Quid de l'objectivité déontologique ?
- Relais simple des informations reçues des parquets, des sources bien informées (!), des informations promotionnelles des cabinets ministériels ou actuellement des états-majors (ou d'un état-major privilégié ?). Quid de la pertinence de l'information et de sa crédibilité ?
- Utilisation de l'émotionnel comme seule lecture sociétale (l'amie de la fille qui aurait pu voir ce qui s'est passé et qui en tremble encore : « mais dans quelle société vit-on ? ». Quid de l'analyse des faits ?
- Choix et adoubement (!!) de journalistes en fonction de leur appartenance politique. Quid de leur indépendance ?
Et donc, corollairement, le développement des blogs de tous ceux, journalistes y compris, qui refusent cette pensée unique et qui estiment que la pluralité de l'information est vitale pour la démocratie.
Autant d'éditorialistes donnant leur lecture de la société dans laquelle ils vivent, dans une blogosphère rapide à relever les atteintes à la liberté d'expression, les manipulations des medias d'information.
Ce qui me gêne en fait, c'est que cela gêne.
Que certains se contentent de croire ce qu'on leur donne à lire ou à voir, c'est leur problème. Que des hommes politiques essayent de limiter la pluralité de l'information est autrement plus grave.
Sans contre-pouvoir, un pouvoir ne peut que devenir totalitaire.
