Après la mort
Par Pierre le 25 février 2008, 15:38 - Reflets - Lien permanent
Participant dernièrement à l'enterrement d'une vieille tante et évoquant dans la petite réunion familiale qui suivit des souvenirs familiaux, je me suis demandé quelle image finalement cette tante allait laisser.
Et j'ai bien dû constater que cette image serait fausse car elle serait composée d'une série de moments, de rencontres vécues à intervalles plus ou moins réguliers et présents dans mon souvenir.
Empiler des bribes de vie ne peut donner une image réelle de quelqu'un, par définition ai-je envie de dire.
Par ailleurs séparé d'une femme avec laquelle j'ai vécu plus de 20 ans, je me rends compte que même en accompagnant l'autre au plus près, en le suivant jours après jours, le résultat n'est pas meilleur.
L'image est tout aussi tronquée, à la mesure d'une réalité que j'ai construite. Je demeure incapable de définir exactement la personne avec qui j'ai vécu autant d'années. Ma lecture de mon amour pour elle est donc biaisée, afin sans doute de pouvoir conjuguer au présent et pour un futur souriant nos solitudes
Nous nous créons avec le regard de l'autre mais nous créons aussi de l'autre une image qui nous agrée, plus ou moins éloignée d'une quelconque vérité.
Nous sommes donc condamnés à vivre dans une illusion de la réalité.
J'aime beaucoup ces phrases de William Maxwell (IN Au revoir et à demain) :
"Ce que nous, moi du moins, tenons avec quelque certitude pour un souvenir, c'est à dire un instant, une scène, un fait soumis au fixateur et ainsi soustraits au néant de l'oubli, n'est après tout qu'une forme de narration que l'esprit se fait en permanence, et qui change souvent au fil des versions.
Nos émotions connaissent trop de conflits d'intérêts pour que la vie nous paraisse pleinement acceptable et peut-être est-ce alors le rôle du narrateur de redistribuer les éléments pour la rendre telle.
Toujours est-il qu'en parlant du passé, nous mentons comme nous respirons."
Si nous mentons comme nous respirons à propos de notre passé, qu'en est-il de notre présent ?
Nous ne pouvons, bien souvent, que nous mentir à nous-même (et aux autres dans une volonté de donner de nous une image acceptable) dans une illusoire recherche d'un "Connais toi toi-même"

Commentaires
J'aime bien comment les choses sont dîtes, et je suis assez d'accord avec l'idée général du texte. Fait du bien le matin :)