Il m'est souvent arrivé de m'interroger sur le bonheur. Sur ce concept qui me semble inventé pour maintenir les hommes dans une certaine soumission aux prescriptions religieuses et donc au pouvoir que s'attribuent les prêtres (au sens large du terme) censés interpréter une parole et une volonté divines et/ou censés être les intermédiaires obligatoires entre les dieux, les morts et les vivants..

Pour de nombreux croyants, le bonheur est un dû qui récompense leur soumission aux dogmes, à une religion prescriptive. Il n'apparait que post-mortem sous forme d'un paradis qui se ressemble d'une religion à l'autre.

Et plus l'ignorance, l'obscurantisme sont grands, plus grand est l'espoir d'une "vie" idyllique dans l'au-delà. Au point pour certains de se tuer pour y avoir accès plus rapidement.

La définition du "bonheur" durant la vie n'est pas facile. Certains évènements, certains moments de la vie procurent certes un état de bien-être volatil qui se caractérise par une durée limitée dans le temps.

Aucune difficulté par contre pour définir le "malheur", les références à la maladie, à la souffrance, aux deuils sont nombreuses et reposent sur un certain hasard indépendant donc, encore que, de notre volonté.

Croire en une divinité représente un avantage, malheur et bonheur sont le résultat d'un destin écrit par une main toute puissante et donc inaltérable. Croire implique alors d'accepter son sort, quel qu'il soit, d'origine divine.

"Ce qui doit arriver arrivera. C'est écrit".

Pour un athée, la vie toutefois n'a pas de sens même si pourtant nous essayons de lui en donner un. Nous n'avons aucun rôle à jouer ou à tenir, si ce n'est d'essayer de promouvoir nos intérêts en donnant à l'autre une place respectable, et ce dans une démarche de progrès, ce qui nécessite une pugnacité certaine.

Cette lecture humaniste cède d'ailleurs de plus en plus le pas à une compétitivité pour arriver à promouvoir des intérêts égoïstes, pour écraser l'autre afin de creuser et/ou d'augmenter son trou.

Faire son trou relève bien souvent actuellement d'une compétition implacable qui vise à éliminer ceux qui sont jugés comme moins performants. On ne parle plus de "bonheur" mais de réussite personnelle ou sociale.

Je pense qu'on ne peut être heureux "contre" les autres mais "avec" les autres.

Pour moi, le mieux auquel nous pouvons prétendre est un état empreint d'humanisme (une légitimité morale) qui se conçoit comme vivre en harmonie avec son environnement, avec soi-même et avec les autres tout en vivant lucidement en "dés-espérance" c'est à dire en n'attendant rien de la vie ou des autres, autrement dit en vivant le présent, sans se complaire dans le passé ou préjuger de l'avenir.

Car non seulement notre vie (la période s’étendant de la conception à la mort d’un organisme singulier et individuel. Wikipedia) n'a pas de sens mais en plus nous serons toujours "seul" pour vivre les évènements qui surviendront de la naissance à notre mort, puisqu'on ne peut aborder la réalité qu'à travers l'image que nous en avons.