Euthanasie (suite)
Par Pierre le 3 avril 2008, 15:13 - Reflets - Lien permanent
Dans plusieurs billets, j'ai évoqué l'euthanasie dans le cadre du décès de Chantal Sebire et de Hugo Claus.
Deux morts tout à fait différentes : dans l'ultra discrétion pour Chantal Sebire qui s'est suicidée, seule, pour éviter tout risque à sa famille et dans la médiatisation pour Hugo Claus qui a été euthanasié à sa demande parce qu'il était atteint de la maladie d'Alzheimer.
Toutefois l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité demande à ce que soit revu le champ d'application de la loi de 2002 légalisant l'euthanasie, et qu'il puisse être étendu aux personnes démentes ou "séniles" ainsi qu'aux adolescents comme c'est le cas dans la loi hollandaise.
Actuellement le médecin ne peut pratiquer une euthanasie que si le malade est dans un coma irréversible, même si une déclaration anticipée d'euthanasie existe. La perte des facultés cognitives, ne plus reconnaître sa famille ne sont pas des motifs médicaux pouvant entrainer une euthanasie, même si la personne l'avait souhaité.
Le mineur, quant à lui, est déjà associé, en fonction de son discernement, aux décisions médicales qui le concernent dans la loi sur les droits du patient, mais pas dans la loi sur l'euthanasie.
Il va sans dire que cette proposition d'étendre la loi sur l'euthanasie est particulièrement mal vue par les milieux catholiques.
Petit aparté.
Je constate que seul un représentant de la religion catholique romaine a attaqué la médiatisation faite autour de la mort de Hugo Claus.
Je n'ai lu aucune réaction publique des clergés juif, islamique, protestant, orthodoxe qui ont normalement respectés une loi votée démocratiquement.
Je n'ai pas non plus lu de réaction de compassion de cette même église catholique à Chantal Sebire qui a été obligée de se suicider sans être entourée de l'affection des siens.
Fin de l'aparté.
Une députée catholique, interrogée sur cette demande d'extension du champ de la loi, revient avec la même antienne : "les personnes démentes conservent toute leur dignité humaine. Et notre société doit dire aux gens souffrant de de maladie chronique qu'elles conservent leur place parmi nous, qu'il est possible de vivre ces terribles maladies, entouré de l'affection des siens et avec le secours de la médecine qui permet, via les soins palliatifs, de réduire la souffrance." (LE SOIR 03/04/2008)
Je constate qu'il s'agit comme toujours d'une prise de position générale, désincarnant la souffrance et qui propose comme seule solution les soins palliatifs. Comme si les soins palliatifs étaient une réponse universelle. La députée parle d'ailleurs de "réduire" la souffrance pas de la "supprimer".
Certaines souffrances pour être supportables doivent être traitées par la morphine qui aux les doses requises provoque un coma irréversible.
Et non, et encore non, philosophiquement, la souffrance n'a aucun sens.
Par ailleurs, s'il est normal d'exiger que le corps soignant respecte la dignité des personnes démentes lors d'une hospitalisation (ce qui est quand même la moindre des choses), nul ne peut estimer ce qui est "digne" ou pas à la place d'un autre.
Chacun a sa notion de la dignité et c'est bien cela qui est respecté avec la loi sur l'euthanasie.
La dignité, comme la vie, ne peuvent être abordées de manière générale mais personnalisées à chaque être humain ce qui va évidemment à l'encontre du dogme catholique.
Comme je l'ai déjà écrit, je ne me vois pas imposer ma philosophie de vie aux autres, pourquoi des députés et sénateurs catholiques veulent-ils m'imposer la leur ?
Pour info : Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité ICI et en France ICI
