Je suis car j'ai été
Par Pierre le 22 mai 2008, 14:10 - Reflets - Lien permanent
La réalité ne prend forme que dans la mémoire (Marcel Proust)
Chaque instant que nous vivons doit son sens à l'instant précédent. Le présent et l'avenir seraient inexistants si la trace du passé s'était effacée de notre mémoire. Entre nous et le néant, il y a notre capital de souvenirs, rempart assurément quelque peu problématique et fragile (Klaus Mann "Le Tournant")
Assurément car si tous mes souvenirs sont bien présents, combien peuvent accéder à ma conscience, combien sont refoulés et enfouis au plus profond, inaccessibles.
Comment fais-je le tri dans mes souvenirs ?
Dans l'impossibilité de répondre à cette question, impossible alors de me fier à ces bribes de mon passé pour garantir (et expliquer) mon présent.
Des impressions de mon enfance me reviennent, pourquoi celles-là et pas d'autres, qui pourtant ont autant concouru à construire mon scénario de vie que je peux à peine lire et dont une partie est encore illisible, seule connue de mon inconscient qui ne fonctionne que par le signe, le symbole.
Etre libre serait donc connaitre son passé en détail et en avoir une compréhension utile pour expliquer notre identité ou justifier nos actes.
Mais encore, ces souvenirs sont-ils le reflet d'une réalité certaine ou d'une certaine réalité, reconstruite à partir du présent ? Autrement dit, je me souviens ou devrais-je dire : je crois me souvenir d'évènements, d'impressions, d'émotions ?
Le regard que je peux avoir sur mon passé est-il nostalgique, ce qui m'empêcherait de vivre pleinement mon présent ?
La réalité n'est que ce que nous en faisons, issue d'une identité construite sur ce que nous pensons être nos souvenirs ce qui nous amène à pouvoir interpréter cette réalité, voire à la modifier.
