Ainsi donc, Mahinur Ozdemir est devenue la première députée régionale belge a prêter serment en portant fièrement son hidjab. Et son parti, le CDH (qui a cependant pris un soin extrême à recadrer la photo de la candidate pour cacher un maximum son voile), d'applaudir cette victoire.

Mais victoire de quoi ?

Ben bien évidemment du fondamentalisme musulman, puisque le port du hidjab est obligatoire à travers la sunna qui permet de définir la loi islamique, la charia.

2 billets pour le prix d'un. Le premier consacré à la députée et son courant islamique, le second au port du voile islamique et autres niqab ou burqa dans notre société.

Dans un entretien au Soir , la députée déclare : '« Comment mettre en avant mes compétences et mes idées, alors qu’on s’arrête davantage sur ce que je porte sur la tête plutôt que sur ce que j’ai dans la tête ? »

Mais tout simplement parce que ce qu'elle porte sur la tête est le résultat de ce qu'elle a dans la tête, mettant ainsi elle-même en avant ses idées.

Elle déclare aussi se référer au courant islamique Nurcu.

C'est le moment de se pencher sur ce mouvement Nurcu, fondé en 1926 par Bediüz-zaman Said Nursi. Nursi a insisté sur la compatibilité entre l'Islam, d'un côté, et la raison, la science et la modernité, de l'autre. Ce mouvement, issu d’un Islam sunnite marqué par la tradition soufie de la nakchibendiyya (ou Nakshibendi) et un certain nationalisme turc modéré, prône « le Djihad Spirituel » contre les infidèles et leurs doctrines. Le Nurcu a donc pour ambition de créer une élite économique et intellectuelle, croyante et pratiquante.

Le mouvement Nurcu est la plus grande organisation de dawa en Turquie et en Asie centrale. Le dawa , c'est la promotion de l’idéologie islamiste, du prosélytisme religieux.

Deux noms caractérisent actuellement le mouvement Nurcu : Fethullah Gulen et Harun Yayah.

Harun Yayah est ce créationniste qui s'est fait remarquer par la distribution de masse de son atlas créationniste. Mais il dénonce également dans ses ouvrages la franc-maçonnerie et le sionisme comme ayant " une influence négative sur l’histoire et la politique du monde. " Cela vous rappelle quelque chose ?

Son objectif étant " d’introduire l’Islam à ceux qui sont étrangers à la religion et de réconcilier leurs coeurs à la vérité " ainsi que de démontrer aux " non musulmans les signes de l’existence d’Allah et l’excellence de sa création. "

Fethullah Gulen, né en 1938 à Erzurum, en Turquie orientale, ancien imam, s'est approprié la pensée de Saïd Nursi, tout en l'associant à un autre courant de pensée, la synthèse turco-islamique. Il prône une vision conservatrice et orthodoxe de l’islam, sans rejeter la modernité dont il estime qu’elle doit être abordée. Il se réclame du soufisme Nakshibendi qui est une variante turque du fondamentalisme islamique moderne.

Il prêche le dialogue avec les chrétiens contre l’athéisme.

Il vit depuis mars 1999 en Pennsylvanie aux États-Unis suite à sa condamnation en 1998 par le Conseil national de sécurité de la Turquie pour « tentative de saper les institutions laïques du pays, et dissimulation de ses méthodes derrière une image modérée et démocratique". Il a été acquitté en 2006. Mais le 7 avril 2008, à nouveau condamné car accusé "d’avoir formé une association à but délictueux" précise le verdict. Le parquet général de la Cour de cassation, s’opposant ainsi au verdict d’une cour pénale, qui avait décidé la relaxation de Fethullah Gulen. "L’association de Gülen mène des activités en vue de renverser le régime laïc et manipule à cet effet des sociétés, des écoles, des cours privés et des fondations" précise le parquet général."

Les enseignements de Gülen sont fondés sur la notion que l’État et la religion doivent être reconnectés tels qu’ils l’étaient à l’époque ottomane. Voir ICI

Privilégiant l'éducation pour l'intégration dans le monde moderne, le réseau de Gülen possède et dirige 300 écoles privées (islamiques) en Turquie et 200 écoles à l’étranger (de la Tanzanie à la Chine, du Maroc aux Philippines, et dans les anciennes républiques soviétiques avec d’importantes minorités turques), une banque, plusieurs stations de télévision et journaux, un site Internet en 12 langues, et de nombreux organismes de bienfaisance. C’est un véritable empire qui vaut des milliards de dollars. Source

Pour se faire une idée de l'Islam turc en Belgique voir ICI

Enfin, pour me faire une idée "de visu", j'ai parcouru le site de Gulen. Je n'y ai pas trop trouvé l'humanisme signalé par la jeune députée.

Déjà quand on me parle de vrai sens et de vraie valeur de l'éducation, j'ai tendance à renâcler. C'est que c'est un discours très proche de celui de l'extrême droite religieuse.

Mais bon, si on voit bien dans un texte qu'il ne peut y avoir une société dans laquelle il n'y a "aucune discrimination fondée sur la race, (...) où les libertés et les droits fondamentaux seront protégés, et où l'on accordera plus de considération à «l'individu», on voit de suite la couleur de ce respect dans un autre texte : "La religion peut ériger une défense contre la destruction provoquée par le matérialisme scientifique, assigner à la science sa vraie place, et mettre fin aux conflits de longue date parmi les nations et les peuples. Les sciences naturelles, qui devraient poser des jalons de lumière conduisant à Dieu, sont devenues, à une échelle sans précédent, l'une des causes de l'incroyance. Puisque l'Occident est devenu la principale base de cette incroyance, et parce que le christianisme est la religion qui a été la plus influencée par l'incroyance, le dialogue entre musulmans et chrétiens semble indispensable."

Eh bien non, cher Monsieur, la "vraie" science n'a pas pour objectif de poser des "jalons de lumière" vers Dieu. Pas plus que les incroyants ne sont un sous-produit du genre humain.

Voilà donc, semble-t-il, l'humanisme et l'enseignement religieux dont se réclame la députée.

Addendum le 27/06/09.

La députée a accordé à "La Libre" une interview dans laquelle quelques réponses méritent réflexion, sachant que ces réponses sont faites par une master en sciences politiques

Question : Est-ce que l'Islam prescrit le port du foulard ? Réponse : Je ne suis pas théologienne.

Question : la crainte, c'est qu'un jour s'impose un parti islamique radical... Réponse : Ce genre de parti existe déjà. Mais je ne me reconnais pas dans leur programme. Je passe par la démocratie Commentaire : je passe par la démocratie pour faire quoi ? Cf. le programme Nurcu.

Question : (...) on vous a accusée de nier le génocide arménien, c'est le cas ? Réponse : je refuse d'être traitée de négationniste. Je suis membre d'un parti qui a une position claire là dessus. Et je n'ai pas à la remettre en question.. Commentaire : pourquoi alors ne pas dire qu'elle reconnait ce génocide ?

Question : êtes-vous pour ou contre le créationnisme ? Réponse : C'est une question qui me dépasse. Commentaire : C'est simple pourtant.

Une remarquable facilité à botter en touche quand la question est trop précise