Hissons le voile (suite)
Par Pierre Kubick le 26 juin 2009, 11:12 - Reflets - Lien permanent
Le port du hidjab, du niqab (robe noire qui ne laisse apparaitre que les yeux portée en Arabie saoudite) ou de la burqa (robe intégrale marron ou bleue caractérisée par ouverture grillagée au niveau des yeux et portée en Afghanistan) est le signe extérieur et emblématique d'un Islam fondamentaliste dur, d'un activisme religieux basé sur des préjugés misogynes
Il est intéressant de remarquer que dans les pays musulmans, là où des femmes ont été assassinées pour avoir refusé de porter le voile, les femmes considèrent comme une victoire le fait de ne plus devoir être voilées.
Pour information, on notera que le quotidien indépendant égyptien Al-Masry al-Yom a publié des extraits de l’ouvrage, intitulé "Le voile est une coutume, pas une obligation religieuse", par le ministre des dotations religieuses Zaqzuq Mahmoud Hamdi, que le ministère a distribué aux mosquées. Le Cheïkh Ali Jomaa, Grand Mufti d'Égypte, explique même que le niqab est non souhaitable pour la femme.
Le voile islamique relève de l'application de la sunna qui permet de définir la loi islamique, ou charia. Le Conseil d'Etat a d'ailleurs qualifié ce voile de discriminant.
Or la charia est incompatible avec notre démocratie. La Cour européenne des droits de l'Homme a considéré comme légitime d'interdire des partis qui oeuvrent à l'instauration de la charia.
Si la liberté de culte est garantie, elle n'est toutefois pas absolue. La Cour d'Appel de Liège a considéré que le port du voile dans une enceinte publique pouvait constituer "un défi à l'opinion".
Le parlement est bien une enceinte publique. Et les élus sont des représentants du peuple, élus sur base du programme de leur parti et non comme représentant d'une faction religieuse ou autre. L'art. 42 de la Constitution stipule d'ailleurs que les membres des deux chambres représentent la Nation, et non uniquement ceux qui les ont élus. On pourrait transposer ce qui est valable pour les députés et sénateurs fédéraux aux députés régionaux et sénateurs communautaires.
Comme d'autres, je pense donc que le voile (comme le port de la kippa, turban sikh ou d'autres vêtements religieux aussi), s'il doit être évidemment autorisé dans l'espace public, doit par contre être interdit dans l'enceinte des établissements d'enseignement officiels, pour les fonctionnaires, pour les professionnels de la santé dans le cadre de leur travail et pour les représentants du peuple en séance et à fortiori en représentation officielle. Il reste évidemment, dans les exemples cités, à ceux et celles qui estiment que leurs convictions philosophiques doivent s'afficher le port de la khamsa, du crucifix, de l'étoile de David, de la croix huguenote, de la main de Bouddha, du pendentif bouddhiste des Chakras, ou du flambeau laïque.
De la même façon, le port du voile doit être interdit dans l'enceinte de l'école pour les élèves non seulement parce qu'il s'agit de promouvoir la mixité dont le voile est la négation mais également parce que l'école est un lieu symbolique d'émancipation et de connaissances où le dogme n'a pas sa place.
Pour ce qui est du niqab ou de la burqa, ces vêtements doivent être interdits dans l'espace publique. Non seulement pour des raisons de sureté et de sécurité évidentes, mais également parce que "dans notre société occidentale, depuis l'origine des temps, la sociabilité primaire est de montrer son visage à l'autre" (Elisabeth Badinter). Robert Badinter, lui, a remarqué que dans notre culture seuls les inquisiteurs et les bourreaux pouvaient se cacher le visage. (IN Le Soir du 26/06/2009).
Il est assez surprenant de constater qu'en France, une majorité de porteuses du niqab sont des françaises converties à l'Islam par des imams intégristes. Et comme le remarque Elisabeth Badinter dans l'article cité : Si nous sommes allés combattre en Afghanistan, c'est parce que nous étions horrifiés par le sort fait aux femmes par les talibans."
Il n'est plus question de reculer devant les valeurs prônées par les intégristes islamiques contrairement à ce que pensent Ecolo et le CDH qui souhaitent nous entrainer vers un communautarisme destructeur à terme de notre démocratie. Et le CDH porte une responsabilité certaine dans la réintroduction visible du religieux au parlement. On peut raisonnablement penser que le CDH connaissait les objectifs de la tendance Nurcu dont se réclame sa députée.
Le Canada et surtout le Quebec paient actuellement cette politique des "accommodements raisonnables" (notion juridique canadienne)
Accommodement raisonnable : assouplissement d'une norme afin de contrer la discrimination que peut créer cette norme vis-à vis de certaines personnes , dans le but de respecter le droit à l'égalité du citoyen
Et dans le contexte religieux, ces accommodements raisonnables ont donné lieu à une foultitude de revendications sans fin : port du voile, de la kippa, du turban, du Kirpan (couteau sikh) dans les écoles et dans les services publics, demande de produits halal ou kasher dans les écoles, horaires différenciés dans les piscines ou salles de sport, congé pour le nouvel-an chinois, demande de juifs hassidiques d'occulter les fenêtres d'une piscine qui faisait face à leur synagogue pour ne plus voir les sportives, ajournement des séances du conseil municipal pour respecter le shabbat, écoliers musulmans dispensés du cours de musique car ceux-ci contreviendraient au Coran, porc interdit dans certaines garderies, des maires catholiques imposent la prière avant les séances du conseil municipal, etc, etc
Faut savoir ce qu'on veut : le vivre ensemble ou un face à face dans un affrontement permanent !
La tolérance, c'est aussi lutter contre l'intolérable.
