Irruptions et départs
Par Pierre Kubick le 24 septembre 2009, 18:24 - Reflets - Lien permanent
"Les gens font irruption dans nos vies, puis ils disparaissent. On ne choisit pas quand et comment ils arrivent, ni quand et comment ils repartent. On finit par apprendre, on gère ses sentiments et on passe à autre chose. C'est comme ça.(Michael Koryta)
J'ai signé ce 23 septembre les conventions de mon divorce. Cette date sera celle d'ailleurs qui sera reprise lors de la transcription dans les registres de l'Etat civil, y compris dans 6 mois après les déambulations administrativo-judiciaires.
Je conviens volontiers que cette info, toute personnelle, ne va pas changer un iota dans le déroulement peu ou prou chaotique de votre vie. Juste que pour moi, évidemment il en va autrement, c'est un peu plus qu'un iota. l'omega d'un parcours de 25 ans.
On ne choisit pas quand et comment ils repartent.
J'aime assez cette image des étoiles que nous admirons. Les lois de la physique étant ce qu'elles sont (vitesse lumière 300 000 km/s mais étoiles situées à des millions de km, donc faut que les photons émis nous parviennent), cette étoile qui brille est en fait "morte" depuis longtemps et seul le temps mis par sa lumière pour nous arriver explique que nous la voyions encore.
On a donc l'impression que ce que nous percevons est la réalité. La réalité n'est donc jamais que ce que nous en faisons, que ce que nous voulons en faire. Son interprétation est liée à nos impressions, issues de l'éducation reçue, de nos expériences, de notre vécu.
Certains ne verront donc jamais que ce qu'ils sont "programmés" à voir, comme si leur vide intérieur retenait farouchement ce qu'ils veulent croire ou voir ; d'autres pourront passer au delà de ce qui semble apparent, au delà du miroir.
Ce sont nos outils (nos sens , notre compréhension de nous-même, notre sens critique) qui nous permettent d'interpréter ce qui nous semble être la réalité et donc la nécessité de pratiquer un doute méthodique, d'essayer de nous connaitre pour savoir si ce que nous croyons voir chez l'autre ressort du besoin de combler un manque, de l'envie de ne pas être seul (comme si cela n'était pas notre lot, toujours), du désir de se rassurer.
Si on reprend cette exemple des étoiles au niveau relationnel, il arrive que nous "voyions" encore une lumière depuis longtemps éteinte ou que nous nous persuadions de la voir encore pour une série de raisons conscientes ou inconscientes, tant l'absence de l'étoile qui donne du sens, y compris négatif à notre vie, serait insupportable. Comme s'il valait mieux une souffrance relationnelle que l'idée même de pouvoir changer les choses et être un peu plus apaisé, pour ne pas dire heureux, mot fourre-tout et commode. Sauf que le "bonheur" ce n'est pas le but à atteindre sorte de Graal relationnel, mais le chemin qui implique choix, décisions, remises en question.
Ce rapprochement avec les étoiles implique alors aussi, qu'une étoile puisse être née dont nous n'apercevons pas encore la lumière soit parce qu'elle est encore invisible excepté pour la source du rayonnement, soit parce que nous ne voyons que ce que nous voulons bien voir, que ce que nous sommes préparés à voir.
On ne choisit pas quand les gens font irruption dans notre vie.
Le comment lui aussi sera conditionné.
Le hasard, pris dans le sens de rencontre imprévue, implique une "collision" avec l'autre. Les conséquences de cette "collision" ne peuvent que donner lieu à un incertitude, laquelle peut être tellement déstabilisante que le déni est utilisé.
Un croisement sans regard ou un regard indifférent comme de plus en plus souvent. On "voit" les autres sans les regarder, ombres d'un présent qui nous est étranger.
Changez seulement de monture de lunettes et vous verrez combien de "familiers" s'en rendront compte. Ils sont bien devant vous tandis que vous n'êtes pas devant eux. Votre intériorité ne les intéresse pas. Une ombre d'humain.
Et puis il y a l'échange de regards, le hasard cède la place à la fulgurance de l'intériorité de l'autre, le "comment" devient alors possible. Mais ce possible sera également conditionné par notre éducation, nos expériences, nos prémisses d'interprétation de la réalité.
Et rien ne dit que ce possible se confirmera, tellement les filtres de notre grille de lecture sont puissants, forgés par nos valeurs, nos blocages, nos manques. Une seule solution alors, faire le pari que le possible est accessible, se jouer soi-même, se mettre en danger.
Il a raison l'auteur de cette phrase : irruptions et départs c'est de l'aléatoire.
De l'aléatoire dans le chaos.
