J'veux du lien amoureux
Par Pierre Kubick le 27 novembre 2009, 11:04 - Reflets - Lien permanent
Dans mes billets précédents sur le sujet ICI ou ICI et encore ICI, je tentais une réflexion sur le hasard, la rencontre amoureuse, le sentiment amoureux, la peur de l'amour.
Je persévère, avec mes très modestes moyens intellectuels, à essayer de clarifier, de mettre en mots la suite, c'est à dire la construction du lien amoureux.
Résumé des épisodes précédents : on se rencontre, nos inconscients collisionnent, on se plait, on s'attire, on commence une relation amoureuse. Ce qui en soi consiste déjà à lever peu ou beaucoup d'obstacles suivant notre parcours personnel.
On a peur d'une relation forte qui perturbe nos schémas habituels. Tomber amoureux est à la portée du premier venu et conduit généralement à... tomber dans un fossé relationnel. On se retrouve manipulé, méprisé, objet du désir de l'autre.
Une autre façon de voir les choses est de "monter en amour" comme on monte en puissance et/ou comme on monte dans un véhicule pour un voyage que l'on a préparé, que l'on travaille; un voyage qui ouvre sur la découverte de l'autre et sans doute encore plus de soi-même.
Pour cela, faut bien en passer par la création d'un lien qui permet à cette rencontre amoureuse de s'inscrire dans la durée.
Le sentiment est présent, une certaine intimité, une complicité naissante. Inévitablement il y aura des couacs. Comment aller au delà, comment tenir pendant ces couacs ??
Un projet est donc nécessaire.
Projet d'une relation inédite, d'une vie en couple ou familiale dont les modalités doivent être définies, chacun chez soi et on se retrouve régulièrement, une vie commune rapide, à moyen ou long terme (tout est envisageable puisque la relation se construit à deux),
Une projection donc dans un avenir proche puis lointain, une construction qui évoluera avec la relation qui sera ce qu'elle sera avec ses limites. Analyser la relation est donc un signe de bonne santé relationnelle amoureuse.
Une parole donnée
Peut-on imaginer une relation amoureuse qui s'inscrive dans une certaine durée sans un "oui" donné qui va limiter ma liberté. Choisir c'est exclure. Cette notion de fidélité est pour moi essentielle, sans elle comment limiter une incertitude anxiogène ?
Une mémoire propre au couple
Tout ce qui est vécu ensemble, moments heureux, malheureux, crée une mémoire partagée qui tisse les liens qui unissent, les renforce. Se séparer devient aussi se séparer d'une partie de soi-même.
Se protéger et se compléter
Etre solidaire de l'autre au point de partager un vécu quotidien, de se partager les tâches, de s'aider mutuellement, de souffrir quand l'autre souffre dans une impossible indifférence somme toute.
Le désir de l'autre
Mais le désir de l'autre comme sujet et non comme objet de désir, se réjouir de son existence en somme. Le désir de l'autre qui permet de surmonter les épreuves, de passer outre au fait, comme le dit Lacan, que l'amour c'est donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. Le désir qui entraine alors la volonté d'aimer puisque aimer est un acte. Encore faut-il ne pas commettre l'erreur de se fuir.
Un pari
La création du lien amoureux implique un nécessaire pari sur l'autre, sur soi-même et sur la relation. Faire le pari que cela vaut la peine de se lier, que ce lien avec l'autre va nous permettre de briser nos liens, notre aliénation à nous-même, ces liens qui nous rendent dépendant de notre passé. Ce lien amoureux qui nous permet de modifier notre perception de nous-même, de notre image négative quand les échecs se sont succédés et qui modifiera ainsi l'estime de soi.
Aimer
Le plus paradoxal sans doute est que pour s'aimer soi il faut d'abord aimer l'autre. C'est comme cela depuis la naissance, l'être humain est un animal social qui se construit (comment ??) à travers le regard de l'autre.
Si je suis attiré par toi, c'est avant tout parce que la réciproque est vraie. S'il y a une incontestable attirance, un début de relation et si dans le quotidien rien ne se fait pour que les deux êtres se rapprochent, c'est qu'il y a erreur de la démarche.
Pour que le NOUS existe, il faut d'abord privilégier le JE. Si j'ai envie de donner beaucoup, de faire des projets, c'est cette envie qu'il faut que je suive d'abord. Si je dois en permanence me mettre à la place de l'autre, à chercher à comprendre comment il va réagir, j'en oublie le principal : moi. Or ce n'est que confronté à ce "moi", signe d'une démarche authentique et non d'une manipulation, que l'autre peut se positionner et se découvrir lui. Et réciproquement
C'est là qu'intervient le lien, la relation qui permet d'exprimer, de clarifier, de moduler. de se limiter et de s'incliner l'un devant l'autre.
Mais le comprendras-tu ou n'écouteras-tu que ta peur ?
