L'amour fait peur
Par Pierre Kubick le 25 novembre 2009, 14:56 - Reflets - Lien permanent
Tout se passe bien, on est bien ensemble, la rencontre corporelle, intellectuelle, spirituelle est bien présente.
Le départ est bon, mais il y a un problème.
L'un des deux partenaires (ou les deux) se bloque. La peur de s'engager que j'évoquais dans un billet précédent est là qui taraude et paralyse.
Cette peur de s'engager est liée à la peur de l'échec d'une relation que évidemment on ne peut maitriser totalement puisque un autre en est également partie prenante. Et donc pour se protéger d'un hypothétique échec, le "phobique" arrête les frais. Mieux vaut rester dans un mal-être connu que naviguer vers des rivages inconnus et attendre la rencontre de l'âme soeur fantasmée, plutôt que vivre une relation qui comblerait davantage.
Difficile de rationnaliser, de décoder l'existant et ainsi surmonter l'angoisse sous-jacente, souvent induite par des échecs et des traumatismes précédents.
Difficile de ne pas prendre de décision irréfléchie et de se méfier de son intuition qui ne fait dans ce cas que traduire une peur.
Il est relativement facile de décoder ce comportement de peur. La volonté d'arrêter la relation est imputée à l'autre, qui forcément en veut trop, en demande trop, va trop vite, etc. D'ailleurs l'autre "donne l'impression" de vouloir tout cela. Avoir l'impression de quelque chose est bien une interprétation de la réalité qui relève uniquement de celle ou celui qui interprête. Evidemment, tous ces "trop" n'ont pas fait l'objet d'une discussion au sein de la relation et donné lieu à une négociation du genre : "voilà comment je voudrais que l'on fonctionne pour ne pas me sentir dépassée, étouffée". Laissant à l'autre le soin de se positionner.
Aimer est un acte de volonté et c'est justement dans la relation que chacun peut prendre des engagements pour que celle-ci puisse s'épanouir, seul moyen de diminuer, de limiter la peur de l'échec.
Ne pas fuir, être prudent mais ne pas laisser nos peurs nous pourrir la vie, car l'angoisse nous pousse à trouver tous les arguments pour fuir. Faire la différence entre le réel et les prétextes avancés pour justifier la fuite.
Que faire alors ??
De quoi ai-je peur ? Pourquoi ai-je peur ? Ai-je peur de ne pas lui donner ce qu'il attend de moi ? Mais au fait qu'attend-il de moi ? Lui ai-je parlé de son intrusion sur mon "territoire" et de la peur que cela me provoque ?
Se questionner pour essayer de rationnaliser ses peurs et en parler avec son partenaire pour surmonter le blocage et négocier en somme un mode d'emploi du couple lequel évolue au jour le jour.
Parce que, toujours, la peur de l'échec est présente et que choisir de vivre une relation est toujours un risque à courir. Risque qui peut être plus facilement assumé quand il y a échanges dans le couple.
Fuir est facile, on consolide son scénario d'échecs. Quel "bénéfice" négatif tire-t-on ainsi de ce scénario pour s'y accrocher quand un changement, forcément perturbant, est possible ?
C'est une bonne question. Plus facile d'y répondre à deux.
