Suicide assisté en Suisse
Par Pierre Kubick le 10 janvier 2010, 09:28 - Reflets - Lien permanent
Le suicide peut être abordé de diverses manières : le suicide "simple" sans contrôle, le suicide assisté sous contrôle d'un tiers, le suicide médicalement assisté en présence d'un médecin.
Ce suicide médicalement assisté diffère toutefois de l'euthanasie telle que pratiquée en Belgique, aux Pays-bas, au Luxembourg. L'euthanasie implique que ce soit un médecin qui injecte le produit létal tandis que dans le suicide médicalement assisté ou suicide assisté, le malade doit absorber lui-même la potion létale.
Différence fondamentale, car l'euthanasie peut être pratiquée si le patient est inconscient mais a préalablement manifesté sa volonté dans un document ad hoc. De plus elle n'est pratiquée qu'en milieu hospitalier.
La Suisse n'a pas dépénalisé l'euthanasie mais a autorisé l'aide au suicide pour autant que cette aide réponde à un mobile altruiste.
Deux associations sans but lucratif sont présentes sur le terrain : EXIT-ADMD et DIGNITAS
EXIT existe depuis 1992 et est présent en Suisse romande et en Suisse alémanique et plaide d'ailleurs pour une dépénalisation de l'euthanasie estimant que celle-ci demeure la seule possibilité dans certains cas. L'association réserve ses interventions à ses membres qui doivent être domiciliés en Suisse romande.
DIGNITAS existe depuis 1998 et en 10 ans a aidé 868 personnes dont 85% d'étrangers à mourir dignement. A la différence de EXIT, DIGNITAS ouvre en effet ses portes aux étrangers. Ce qui choque certains.
Et donc, le Conseil fédéral suisse a décidé d'engager des consultations durant cinq mois sur deux options : soit une règlementation de l'activité de ces associations, soit leur interdiction, l'aide au suicide restant toutefois légale dans le pays.
L'excuse officielle est d'empêcher que l'assistance organisée au suicide ne se transforme en une "activité orientée vers le profit" et s'assurer qu'elle demeure réservée à des malades en fin de vie et reste inaccessible à des personnes souffrant d'une affection chronique ou psychique.
Les autorités veulent ainsi imposer que deux médecins indépendants attestent que la personne concernée est capable de discernement et qu'elle est atteinte d'une maladie physique incurable dont l'issue sera fatale à brève échéance. Un médecin devra également prescrire le produit qui servira au suicide. Avant d'en arriver là, les membres de l'association devront insister auprès du patient sur les alternatives au suicide, comme celle des soins palliatifs.
Ce qui supprimerait, dans les faits, le droit des patients à l'autodétermination.
Les deux associations ont réagi fortement. Difficile de parler d'un "tourisme de la mort" quand on sait qu'en 2006 EXIT a aidé 216 personnes à mourir et DIGNITAS, 138 personnes.
Dans le cadre de ce débat on voit refleurir l'escroquerie intellectuelle qui consiste à parler de "projet de vie" opposé à un "projet de mort".
Comme la mort fait partie intégrante de la vie, - c'est bien un processus mortel, inscrit dans nos gènes, entamé dès la naissance qui fait que nous ne sommes pas immortels - scinder les deux et concevoir qu'un projet de mort puisse exister relève d'un dogmatisme religieux qui postule que la mort est, somme toute, propriété d'une puissance supérieure et que nous ne sommes que les "locataires" également de notre vie. Point.
Il s'agit donc bien d'imposer une conception religieuse à tous. Encore et toujours !
Est-ce bien à l’Etat de contrôler le suicide de ses administrés et donc leur détermination philosophique ?
Le président d'EXIT, Jérôme Sobel, ne s'y est pas trompé qui prévient qu'une modification de la loi actuelle entrainera le dépôt immédiat d'un référendum: "On fait fi de la volonté populaire, ça ne se passera pas comme ça." Voir ICI

Commentaires
Bien placée pour en parler de ce fameux projet de vie: Après 2 tentatives de suicide bien manquées (médicaments trop ou pas assez) je me réjouissais d'avoir enfin connaissance de l'existence de DIGNITAS et de vivre donc en paix sachant que le jour où je ne supporterai plus la vie: malade( VIH etVHC) ou dépressive au point de ne plus vouloir continuer je pourrai partir sans culpabiliser ma famille.
Mon projet est connu et apparemment accepté de tous ceux que j'aime . Votre existence est un progrès quand au choix de l' heure de sa mort. La remise en question de cette liberté me boulverse. Que n'ai je prêté "Suicide mode d'emploi" depuis interdit d'édition, , qui me permettait au moins de connaitre le nom et les doses des médicaments. Ma vie donc ma mort n'appartiennent qu'à moi!
Merci pour votre témoignage qui montre, s'il en était besoin, le chemin qui reste à parcourir pour que notre existence nous appartienne réellement.
Suicide mode d'emploi, paru aux éditions Alain Moreau en 1982, a rapidement été interdit à la vente en raison des quelques pages qui citaient des médicaments avec leur dose létale, montrant que le "bricolage" médicamenteux est aléatoire si on ne connait pas les bonnes doses. (160 comprimés pour certains antidépresseurs, et une cinquantaine pour les benzodiazépines qui ne sont pas mortels par eux seuls en plus).
A noter qu'il existe chez ADMD Belgique une déclaration anticipée relative à l'euthanasie qui peut être déposée à l'administration communale et enregistrée dans le fichier central ; ainsi qu'une déclaration de volonté relative au traitement dans laquelle figure, notamment, la mention "en cas de suicide, je refuse catégoriquement toute réanimation". Les deux peuvent être confiée à un mandataire chargé de faire respecter les volontés du signataire.