Perquisitions et vaticane arrogance
Par Pierre Kubick le 28 juin 2010, 10:23 - En direct de la sacristie - Lien permanent
Dans le cadre d'une enquête pour faits de pédophilie par des représentants de l'église catholique belge et afin de vérifier les assertions de témoins, un juge d'instruction a décidé ce jeudi 24 juin de procéder à une série de perquisitions dans divers endroits et notamment à l'archevêché de Malines-Bruxelles où se trouvaient réunis les évêques de Belgique.
Les policiers leurs ont donc demandé de rester à disposition pendant 9 heures avec repas et vin. Histoire de savoir sans doute ce que voulait bien dire le point 5 de l'ordre du jour intitulé : "quels dossiers faut-il transmettre à la justice ?".
Les dossiers d'abus sexuels sont au nombre de 475 quand même, dont 2 seulement ont été transmis à la justice. Les enquêteurs ont emporté pas mal de pièces à étudier.
De suite la Curie romaine devient hystérique et crie à la séquestration d'évêques qui auraient été laissés sans manger ni boire. Ce qui est faux évidemment. "Même à l'époque des pires régimes communistes, on n'avait jamais vu une chose pareille" dixit le cardinal Bertone, secrétaire d'Etat du Vatican. Pas un mot toutefois sur la raison des perquisitions. Ben tiens.
Puis, c'est le boss lui-même qui monte au créneau pour dénoncer les "modalités déplorables" de la perquisition.
Perquisition qui n'aurait eu aucune raison d'être si l'église catholique romaine n'avait pratiqué l'omerta sur les abus sexuels de ses prêtres.
La justice belge avait des raisons de douter du suivi des cas signalés à la "Commission des plaintes pour les abus sexuels commis dans une relation pastorale" mise en place par l'église. Un peu comme si France Telecom mettait en place en son sein une Commission des plaintes pour harcèlement moral dans le cadre d'une relation de travail et décidait de faire suivre à la justice, ou pas, les cas de harcèlement signalés.
L'église belge, dans un style fangeux, estime que la récupération par la justice des 475 dossiers signalés à la Commission correspond à un "viol" de la vie privée des...violés. Mais proclame dans la foulée, la main sur le crucifix, vouloir faire toute la lumière sur les crimes de pédophilie commis par ses prêtres.
Là dessus, on apprend maintenant que dans les documents saisis à l'archevêché figurent des courriers entre magistrats et d'autres pièces (affaire Julie et Melissa) qui n'auraient jamais dû quitter les locaux de justice.
Quand on ne sait pas attaquer sur le fond, faut attaquer sur la forme. Et donc l'église romaine veut, à propos de cette perquisition réalisée lors d'une réunion des évêques de Belgique, laisser planer le soupçon d'une action anticléricale concertée par certains magistrats.
L'église demande même à tous ceux ayant signalé un abus sexuel à la Commission et dont le dossier a été saisi de se signaler comme "personne lésée". Personne lésée quand on a été victime d'un abus sexuel, c'est bien quand on n'a pas été reconnu comme victime par l’instance qui a autorité sur son abuseur, non ?
Les relais catholiques auraient-ils fonctionné à fond ? On apprend que le parquet général met le juge d'instruction sous surveillance à un moment très inhabituel dans la procédure pénale, vu que les résultats des perquisitions ne sont même pas encore tous connus. Officiellement, c'est pour éviter toute irrégularité et veiller à ce que les règles soient bien respectées que la chambre des mises a été saisie par le parquet général.
Si le juge d'instruction devait être dessaisi, on comprendrait alors ce qui se passe en coulisse. La caste des prêtres n'a jamais supporté une attaque contre son pouvoir, et ce dans n'importe quelle civilisation.
