Vous vous souvenez du foin fait autour du danger que faisait courir la grippe A/H1N1 et de l'achat massif de vaccins antigrippe recommandés par le commissariat Influenza.

Fin novembre, une plainte a été déposée (voir ICI) pour corruption et coalition de fonctionnaires, au motif que cinq des quinze experts qui ont recommandé le vaccin au gouvernement présentent des conflits d’intérêts.

Le commissariat Influenza refuse toujours de rendre publique la liste des experts scientifiques qui ont incité le gouvernement à commander 12,6 millions de doses de vaccin antigrippe A/H1N1 à la firme GSK, en juillet 2009. Car il faudrait aussi dans cette liste d'experts, recenser ceux qui auraient dû rentrer une déclaration de conflits d’intérêt. Et qui ne semblent pas l'avoir fait.

L’association "Initiative citoyenne", à l'origine de la plainte, a donné son point de vue dans une carte blanche dans LE SOIR du 26/11/2010, estimant que cette situation d'experts liés par ailleurs à des laboratoires pharmaceutiques "gangrène la santé publique mais aussi la démocratie depuis déjà des années ".

Et donc ce 9 décembre, 2 représentants de Pharma.be répondent dans une carte blanche.

Ils n'hésitent pas à opposer " ceux de la société ouverte qui encouragent le débat contradictoire, fondement de la science comme de la démocratie,à ceux de la société fermée, qui ne veulent entendre que des personnes libres de tout conflit d'intérêts"

C'est assez osé dans le genre !

Parce qu'une société démocratique, c'est aussi la transparence et l'information.

C'est le moment de relire les enquêtes sur le Médiator par exemple pour se rendre compte que "la société ouverte qui prône le débat contradictoire" a un peu de plomb dans l'aile. Il n'est qu'à voir comment l'Afssaps traitait la remarquable pneumologue Irène Frachon (à l'origine de l'obligation de retrait du Médiator) de "chevalier blanc narcissique".

Vous ne serez pas surpris que l'Afssaps, financée à 80% par des taxes directement versées par les labos pharmaceutiques, éprouve, elle aussi, des difficultés à publier la liste des conflits d'intérêts de ses experts puisque la dernière publication remonte, selon "Marianne" ( N° 711), à 2005.

Et puisque nous voulons une société ouverte encourageant le débat contradictoire, que le Comité scientifique Influenza et le Conseil supérieur de la santé dévoilent la liste exacte et les déclarations d’intérêts des experts qui ont recommandé au gouvernement le choix exclusif du vaccin anti-A/H1N1 de GSK, alors que d'autres pays ont, eux, sollicité plusieurs labos. Que ces déclarations d'intérêts soient vérifiées pour s’assurer de leur complétude mais aussi qu'il soit procédé à leur analyse de manière approfondie, collégiale et contradictoire afin de garantir une expertise indépendante. C'est bien évidemment ici que le débat contradictoire et collégial prend tout son sens pour mesurer si conflits d'intérêts ou biais d'influence peuvent être présents.

En France, tout expert doit remplir une déclaration sur l’honneur détaillant ses liens avec l’industrie : a-t-il des intérêts financiers (obligations, actions) dans un laboratoire ? A-t-il participé à des essais cliniques ? Intervient-il comme consultant ponctuel ou régulier auprès d’une firme ? A-t-il un membre de sa famille proche, salarié dans l’industrie ?

L’expert doit aussi mentionner toutes les interventions (colloques, congrès…) faites à l’invitation d’un laboratoire. Il doit enfin et surtout préciser si ces activités ont donné lieu à une rémunération personnelle ou reversée à son service hospitalier ou laboratoire.

Ces déclarations d’intérêts sont publiques et accessibles sur le site Internet des agences.

Aux USA, il existe le Physician Payment Sunshine Act. qui oblige les entreprises pharmaceutiques à rendre publics tous leurs liens avec des médecins et le montant des rémunérations qui leur sont versées.

Alors, ces pays sont-ils des adeptes de la société fermée décrite dans la carte blanche ??

Une chose est en tout cas certaine : les conflits d’intérêts, les biais d'influence et les experts auto-proclamés représentent un facteur de risque sanitaire.

Il est donc indispensable de pouvoir légitimer une décision de santé publique en se reposant sur une expertise indépendante.