Calepin de pierre

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Fatoumata Sidibe

S'il faut se pencher sur les démarches politiques de femmes belges de confession musulmane qui affichent leur interprétation du Coran en étant voilées, il est tout aussi intéressant de mettre en avant d'autres femmes de confession musulmane qui ont choisi de se détacher d'un Islam fondamentaliste.

C'est le cas de Fatimata Sidibe, belge d'origine malienne, titulaire d'un master en communication. Co-fondatrice et ex-présidente de la section belge du collectif "Ni pute, ni soumise", membre fondateur du Réseau d’Action Pour la Promotion d’un Etat Laïque (R.A.P.P.E.L), elle a aussi été responsable de projets au Centre Régional du Libre Examen. Elle est aussi journaliste indépendante, écrivaine, peintre.

Elle est enfin députée bruxelloise FDF depuis 2009. Comme Mahinur Özdemir, élue députée bruxelloise CDH , musulmane elle aussi mais qui n'envisage son action politique que voilée.

Deux intellectuelles issues de l'ULB donc, et comme ce que ces femmes politiques de confession musulmane ont ou n'ont pas sur la tête est le reflet de ce qu'elles ont dans la tête, abordons la pensée de Fatimata Sidibe.

Elle s'exprime sur ses convictions dans le quotidien LE SOIR du 23/03/2010.

''Moi, citoyenne belge de culture musulmane, originaire du Mali, un pays musulman à 90 % où la religion influence fortement les lois, règlements et différents aspects de la vie quotidienne, où certaines coutumes et traditions rétrogrades perpétuent les discriminations à l’égard des femmes, où plus de 80 % des filles sont victimes des mutilations génitales, où la polygamie est légale, où les mariages forcés sont imposés aux jeunes filles, où en matière d’héritage, les femmes sont frappées du sceau de l’inégalité, où, dès le plus jeune âge, on apprend aux petites filles que leur destin est de souffrir, de se résigner, de se soumettre, de se marier, de faire des enfants et de faire honneur à la famille,

Moi, qui suis issue d’un pays où l’intégrisme islamique gagne du terrain avec comme corollaire la prolifération du port du voile, où les avancées législatives en matière de droits des femmes se heurtent aux pressions des autorités musulmanes, au nom de la paix sociale, de l’unité nationale, de la préservation des valeurs sociales et religieuses maliennes qui confinent les femmes dans des statuts de citoyennes de seconde zone,

Moi qui, comme tant de consœurs, ai eu la chance de m’épanouir et me réaliser en Belgique dans un espace de liberté que les femmes ont conquis par de longues et âpres luttes,

Je déclare que l’immixtion du religieux dans l’espace public et le détricotage de la neutralité de l’Etat n’augurent rien de bon pour la démocratie et les droits des femmes.

Je déclare que l’émancipation n’est pas un luxe réservé aux femmes occidentales, que l’égalité hommes/femmes n’est pas négociable, ajustable, en fonction des demandes, revendications de revendications culturelles, religieuses ou supposées comme telles émanant d’individus, de communautés, de groupes.

Je déclare que de nombreuses femmes musulmanes dans le monde relient combat contre les intégrismes religieux et promotion de la laïcité. Elles savent que certains laxismes sonnent comme des glas pour elles qui luttent et risquent leur vie en Egypte, en Somalie, en Inde, en Iran, au Soudan, au Pakistan au Maroc, en Algérie, et ailleurs contre la polygamie, la lapidation, l’enfermement de leurs corps dans des linceuls ambulants, l’imposition du port du voile, la répudiation, l’excision, les crimes d’honneur.

Que dire à celles qui ont pris le chemin de l’exil et qui voient se reproduire sous leurs yeux un système de justice à la carte où, selon que vous soyez de telle ou telle confession, religion ou philosophie, les jugements de la cour vous rendent blancs ou noirs ?

Peut-on, au nom de la tolérance, du relativisme culturel, du multiculturalisme, de la liberté de religion, demander à certaines femmes vivant dans nos pays d’avoir moins de droits ?

Je déclare que le voile est le symbole de l’instrumentalisation des femmes au nom de la religion, d’un projet politique totalitaire qui sème la terreur dans certains pays, de la tentative d’asservissement, de mise sous tutelle de la femme, de la séparation des espaces féminins et masculins, une supercherie des fondamentalistes musulmans pour réaffirmer leur domination sur le corps des femmes et leurs libertés. Dans certains quartiers, les filles n’ont d’autre choix que de se voiler ou de faire attention à leur tenue vestimentaire pour ne pas subir les injures et le mépris de certains mâles auxquels on a appris que la vertu d’une femme est proportionnelle à la quantité de tissu qui la recouvre.

Je déclare qu’on atteint le summum de l’endoctrinement quand l’esclave intègre ses chaînes comme normales, lorsqu’elle ne peut plus penser autrement que par le prisme d’une société qui la convainc depuis la plus tendre enfance à travers les traditions, les cours de religion, les prêches que sa nature de femme la prédispose à occuper une position d’infériorité, de soumission. C’est cette même violence symbolique qui pousse les mères à infliger à leurs filles les violences comme le mariage forcé, les mutilations sexuelles génitales dont elles ont été elles-mêmes victimes.

Je déclare que toutes les femmes voilées ne sont pas soumises et que toutes les femmes qui ont les cheveux au vent ne sont pas libres et émancipées, mais que les filles et femmes, qui portent le voile par attachement culturel, conviction religieuse, ou parce qu’on leur interdit de le porter, n’enlèvent rien à la signification politique de ce voile sacralisé par les islamistes et imposé via un prosélytisme de procurateurs autoproclamés de Dieu. Celles qui avancent l’argument de « c’est mon choix » devraient avoir la décence et la « sororité » de reconnaître l’oppression de celles qui n’ont pas le choix.

Je déclare qu’en Europe, les offensives des islamistes contre les droits des femmes renforcent celles des partis conservateurs, de l’Eglise catholique, des lobbies religieux très puissamment implantés dans les nouveaux Etats membres et qui s’emploient à faire reculer les droits des femmes au sein de l’Union européenne. Leur mot d’ordre : revenir à l’ordre archaïque de hiérarchie patriarcale qui renvoie les femmes aux devoirs que leur dicte leur nature, à leurs sacro-saintes obligations terrestres dictées par les hommes assistés par Dieu le père, le fils et les Saints Esprits sexistes. Pas d’amen ! C’est là que la société doit intervenir au nom des droits humains !

Je déclare que les conquêtes féministes en Occident n’ont pas été arrêtées dans leur marche pour l’émancipation par la peur de stigmatiser les Eglises opposées aux droits et aux libertés des femmes. Pourquoi l’islam serait-il soustrait à cette remise en question ? Ce qui est bon pour une religion ne le serait donc pas pour une autre ?

Je déclare que la majorité des citoyens de culture musulmane vivent leur foi, quand ils en ont, en toute tranquillité, qu’ils n’en peuvent plus d’être essentialisés, considérés comme un groupe homogène dont chacun des membres partage la même façon de penser, de vivre, assignés à résidence dans « une communauté » par une minorité vagissante qui leur impose un terrorisme psychologique, parle en leur nom et qui bénéficie d’un surcroît de respectabilité de la part de certaines tribunes médiatiques et politiques.

Je déclare que le silence des intellectuels musulmans modérés est aussi assourdissant que la clameur des relativistes, des obscurantismes et d’une certaine classe politique qui se soucie plus de calculs électoralistes et d’enjeux de pouvoirs que de proposer un véritable projet démocratique de vivre ensemble.

Je déclare que la peur d’être qualifié de raciste a muselé bien des consciences, que nous sommes prêts à accepter l’intolérable par peur d’être taxés d’intolérance. Que d’abandons en reculades, nos valeurs démocratiques régressent.

Je déclare qu’il y a urgence à légiférer. A l’Etat de jouer son rôle de garant et de gardien des libertés fondamentales, où la liberté de croyance ou de non-croyance est garantie dans le respect des valeurs fondamentales grâce à un cadre juridique qui pose des balises. Je lance un appel aux progressistes de tous les partis, pour qu’ils unissent leurs voix pour ne pas reporter, dans les enceintes des parlements, les dix propositions déposées par le Mouvement Réformateur concernant le port de signes convictionnels – outre l’interdiction du port ostentatoire de signes d’appartenance dans les écoles relevant de la compétence du réseau officiel, les propositions déposées par le MR visent notamment à interdire aux parlementaires exerçant une fonction de représentation, personnes en charge de fonctions exécutives et prestataires de service public, préposés au guichet ou non, le port ostentatoire de signes convictionnels.

Faire de la politique, c’est faire des choix. Il est minuit moins cinq ! Il ne s’agit pas d’une offensive contre les religions. Il s’agit de remettre les religions à leur juste place c’est-à-dire dans la sphère privée, de faire le choix d’une société qui ne se fractionne pas en fonction des particularismes, mais qui s’unit sur des valeurs à vocation universelle.'' Source

Une vision très laïque d'une société belge "qui ne se fractionne pas en fonction des particularismes, mais qui s’unit sur des valeurs à vocation universelle".

Cela me plaît que notre société belge se fonde sur des valeurs universelles plutôt que sur un communautarisme destructeur de notre démocratie. Vivre ensemble plutôt que "à côté" autrement dit.


Niqab et burqa out ?

La majorité fédérale a donc décidé de proposer à la chambre un texte (qui devrait être voté en avril) sanctionnant le port de la burqa et du niqab en Belgique.

Toute personne qui se présente, dans les lieux accessibles au public, "le visage masqué ou dissimulé en tout ou en partie, de manière telle qu'elle ne soit pas identifiable", sera passible d'une amende de 15 à 25 euros et/ou d'un emprisonnement de 1 à 7 jours.

Ce texte ne concerne pas évidemment les vêtements de travail et/ou de protection (motards, pompiers, ...). Il prévoit la possibilité pour les communes de sanctionner les contrevenants par des amendes administratives.

Encore une fois, notons que ni la burqa ni le niqab ne sont islamiques. Ce sont des signes tribaux . Et les femmes qui portent ce vêtement en Europe ne le font pas par tradition, puisque ce sont souvent de jeunes européennes converties qui le portent par idéologie.

La grande majorité des musulmans en Europe n’est d'ailleurs pas favorable au voile intégral.

Elisabeth Badinter, dans une interview au Soir du 20/03/2010 se réjouit de voir la Belgique interdire le voile intégral.

Si on évoque souvent des questions légitimes de sécurité, mais aussi de tradition européenne qui veut que l'on se montre à visage découvert, Elisabeth Badinter y ajoute sa réflexion. Pour elle, "porter le niqab, c'est refuser la réciprocité. La femme ainsi vêtue s'arroge le droit de me voir, mais me refuse le droit de la voir. Il y a là un mécanisme pervers, une manifestation de puissance sur l'autre incompatible avec le principe de fraternité."

Et comme beaucoup d'autres, elle considère que le débat sur la burqa et le niqab ne doit pas déboucher sur une banalisation du hijab (voile islamique). L'accepter (le hijab) reviendrait pour elle à jouer le plus mauvais des tours aux jeunes femmes qui luttent pour qu'on ne leur impose pas. Elle relève que les partisans du voile brandissent volontiers la liberté constitutionnelle de manifester leur religion. Une liberté qui a bon dos quand il s'agit de perpétuer des traditions archaïques qui n'ont rien à voir avec le culte.

Pour mémoire, seules 2 sourates traitent du "voile" : la sourate XXIV, verset 31 et la sourate XXXIII, verset 59. Aucun n’évoque explicitement le port d’un voile sur la tête. Le mot traduit par « voile » dans ce cas est le mot arabe « khimar » qui signifie « mante » ou « mantille ».

L'obligation du port du voile est donc la conséquence du sens donné par les traditionalistes à certains termes coraniques, dont aucun ne réfère explicitement aux cheveux. Et donc les prises de position modernistes de nombreux musulmans qui considèrent que le voile n'est pas une obligation coranique. Le Coran n'imposant pas le voile, mais la pudeur.

C'est aussi l'avis de Fatoumata Sidibé (Le Soir du 23/03/2010), députée bruxelloise, titulaire d'un master en communication et ex-présidente du comité belge de Ni pute, Ni soumise : "le voile est le symbole d'un projet politique totalitaire".