Les autorités politiques du Canada se veulent pragmatiques. Elles souhaitaient lutter contre le binge drinking (les bitures express) générateur de conduites violentes. Pas de moralisme catholique douteux mais une analyse de santé publique qui consiste à dire : puisqu'on ne peut empêcher les sans-abris de se bourrer la gueule autant essayer de contrôler le pourcentage d'alcooliques réfractaires aux thérapies proposées.
La solution : des cliniques dans lesquelles il est possible de boire jusqu'à 5 litres de bière par jour pour maintenir une légère ivresse contrôlable par absorption contrôlée d'alcool (1/2 l de bière/1h) avec distribution de vitamines et médicaments pour diminuer l'état de manque pendant la nuit.
Le concept est apparu chez nos voisins néerlandais dans le centre Maliebaan près de Amsterdam. Il accueille 15 hommes et 4 femmes, tous alcooliques depuis plus de 10 ans, sans famille, ni travail, ni domicile et aucune envie d'arrêter de boire.
Les résultats de cette approche originale semblent prometteurs, les personnes boivent de moins en moins, et de manière plus structurée.
Comme l'explique le psychiatre du centre : "Ils ne seront jamais des citoyens exemplaires, mais de cette manière, ils ont plus goût à la vie, nuisent moins à l'ordre public et sont en meilleure santé".
Pas encore un tel centre en Belgique, même si la réflexion politique va dans ce sens, particulièrement à Liège où existe déjà un Centre d'injection supervisée qui permet aux toxicomanes de venir s'y injecter leur drogue et trouver un environnement thérapeutique.
Ces lieux, qui existent depuis 25 ans en Europe, permettent de prévenir les surdoses mortelles et les risques d'infections du virus du sida ou de l'hépatite. Ils favorisent également un rapprochement entre les professionnels de la santé et les toxicomanes les plus marginaux. Ne cherchez pas en France, la ministre de la Santé est pour, mais le premier ministre, lui, veut maintenir l'hypocrisie et est donc contre.
Liège devrait également ouvrir cet automne un centre de distribution contrôlée d'héroïne, se basant sur l'expérience suisse de Bienne, qui se félicite d'une diminution de la petite criminalité et d'une amélioration de la santé publique (la transmission de maladies comme le sida ou l'hépatite a été presque éradiquée).
C'est le projet Tadam ("Traitement assisté par diacétylmorphine") . Voir ICI et ICI. Ce centre est un maillon supplémentaire pour aider les toxicomanes qui ne répondent pas aux traitements de substitution, méthadone principalement.
Afin de ne pas effaroucher les bonnes âmes, il ne s'agit donc pas de délivrer de l'héroïne mais du diacétylmorphine qui n'est autre que le nom scientifique de l'héroïne.
C'est une véritable approche de santé et de sécurité publiques.
