Bon faut bien que je sorte de ma sieste pour réagir à la publication dans la presse des propos de l'archevêque Léonard qui se trouvent dans son nouveau livre intitulé : "Agir en chrétien dans sa vie et dans le monde".

Il n'hésite pas, une fois de plus, à s'en prendre au Parlement, comme il l'avait déjà fait en 2006, ou au début 2011 au cercle de Lorraine, voir ICI

Comme l'écrit Gabriel Ringlet, homme de convictions chrétiennes fortes : "L'archevêque est un chantre moderne de la tradition la plus stricte, qui exprime la pensée du pape mieux que le pape ne pourrait l'exprimer lui-même.»

Et l'archevêque est le plus haut représentant en Belgique (et payé par celle-ci) d'un Etat qui n'est pas démocratique.

Que dire de ceux qui le considèrent comme leur nouvel ami, quasi exclusivement situés dans la frange de l'extrême droite, des ultra-catholiques intégristes. Pourquoi voient-ils en lui leur héraut quand les chrétiens progressistes s'en écartent ?

Je vais donc essayer d'analyser tout cela, puisque cette fois nous avons droit à un "le Parlement s'arroge le droit de décider par vote majoritaire du sens de la sexualité, de la différence du masculin et du féminin, de la signification du mot 'mariage', du rapport métaphysique de l'être humain à la finitude et à la mort, de la qualité des embryons méritant ou non d'être respectés, etc". Et donc pour lui : ""il y a urgence que des hommes et des femmes "aux convictions chrétiennes fortes s'engagent dans la politique à tous les niveaux"".

Une petite escroquerie intellectuelle d'abord dans le titre de l'ouvrage "Agir en chrétien".

Certes l'église catholique romaine se réclame du christianisme, mais on peut être chrétien sans être catholique puisque les orthodoxes et les protestants sont également "chrétiens".

Et comme l'archevêque prône la doctrine vaticane exclusivement, "Agir en bon catholique" serait plus correct comme expression. Mais bon, une petite confusion entre bon chrétien et bon catholique ne peut nuire, sans doute.

Toutes les lois concernant la sexualité, le mariage, la mort, les embryons ont été votées par une majorité de représentants du peuple élus démocratiquement. Ces élus ne "s'arrogent" donc aucun droit pour lequel il n'auraient pas de légitimité démocratique. Et de plus il n'existe pas un seul parti qui soit composé uniquement d'athées ou d'agnostiques. Et les élus catholiques ont pu voter pour ces lois, contre ou s'abstenir.

Ecrire, comme le journaliste du Soir du 07/01/2012 que l'archevêque ne s'en "prend" pas au Parlement est léger, léger. D'autant qu'il complète son billet par : "les croyants doivent pouvoir exprimer leurs opinions, influer sur un débat public qui n'est pas le monopole des athées et des agnostiques".

Les seuls qui s'expriment fortement publiquement CONTRE ces lois qui ont fait l'objet de débats publics à la Chambre et au Sénat, ce sont les groupes d'extrême droite ou de l'ultra-droite catholique.

Léger parce que quand même :

  • L'archevêque dénie aux élus du peuple le droit (puisqu'ils s'arrogent ce droit selon lui) de légiférer sur la vie et la sexualité. Il dénonce ainsi les abus de la démocratie parlementaire.
  • L'archevêque estime que le Parlement n'a pas d'autorité sur le sens métaphysique et biologique de la sexualité.
  • Il prône également le devoir de désobéissance, face aux lois civiles qui heurteraient les convictions des catholiques.
  • Il réfute également le fait que les parlementaires chrétiens qui ont voté ces lois puissent avoir des convictions fortes.

En résumé, la démocratie parlementaire n'est pas bonne si elle ne suit pas les injonctions vaticanes, les élus n'ont pas de légitimité à voter majoritairement les lois qu'ils estiment bonnes pour les citoyens, et ils n'ont pas de convictions chrétiennes fortes quand ils le font.

Lire cet article de RésistanceS.be

Réfléchissons.

Y a-t-il une seule des lois illégitimes selon Léonard qui brime la liberté des catholiques ?

Une de ces lois est-elle responsable du fait que seul 1 couple sur 5 se marie encore à l'église ? Ces lois obligent-elles les couples catholiques à avorter, à utiliser des moyens contraceptifs, à pratiquer des fécondations in vitro ?

Un catholique est-il obligé de se faire euthanasier, de se marier avec un partenaire du même sexe, est-il obligé de divorcer ?

On peut donc voir que l'archevêque remet en cause la Déclaration des Droits de l'homme qui stipule que tous les citoyens sont égaux en droit.

Pourquoi, dans un pays démocratique, quelqu'un qui n'est pas catholique devrait-il suivre les préceptes d'une église à laquelle il n'adhère pas,  ?

On nous alerte avec des velléités d'application de la charia dans certains pays, je m'interroge sur la lecture de la société civile et des droits individuels par le Vatican ?

Y a-t-il une de ces lois qui a majoré le traitement des 2709 curés qui perçoivent une rémunération qui équivaut à celle de 3272 temps pleins (dixit la Cour des Comptes) ? Non, parce qu'il s'agit d'un accord informel - qui autorise une rémunération cumulée à 150% - conclu entre l'administration des cultes et les autorités ecclésiastiques (Le Soir 06/01/2012). L'administration des cultes fait partie du Ministère de la Justice

C'est assez interpellant de voir cette constance dans la remise en question du régime parlementaire et de la Déclaration des Droits de l'homme.

Parce que, si je m'en réfère au passé, cela relève d'une certaine doctrine d'être contre contre le parlementarisme, la démocratie, l'individualisme, les Droits de l'homme. Non ?

Et c'est assez réjouissant de voir que la Belgique est à la pointe dans ces lois décriées qui ont été soutenues par des chrétiens progressistes.

"Les croyants doivent pouvoir exprimer leurs opinions et influer sur le débat public", écrit le journaliste du Soir.

Ne le font-ils pas quand ils divorcent, refusent de se marier à l'église, utilisent les moyens contraceptifs ?

Quand les responsables de l'enseignement catholique s'insurgent contre les propos de l'archevêque sur l'incompatibilité entre divorce et direction d'une école catholique ?

Quand les autorités des facultés de médecine catholiques qui lors des questions d’euthanasie ou de bioéthique,  prennent, au sein du Conseil national d’éthique ou du Comité consultatif de bioéthique, des positions qui ne tiennent pas compte de l’enseignement officiel de l’Église catholique ? 

Quand en 2002, L’UCL a pris ses distances avec l’Eglise catholique, en se prononçant pour le clonage thérapeutique (sous conditions) et pour la recherche sur les cellules souches de l’embryon humain (embryons surnuméraires issus de fécondations in vitro). (Le SOIR)

Quand en 2010, les autorités des universités catholiques ont décidé que la Conférence épiscopale ne serait plus le PO de l’Université, concrétisant une nouvelle Université affranchie de l’Eglise ?

Et j'allais oublier, quand des centaines de catholiques ont dénoncé, avec le courage de leurs convictions chrétiennes, les crimes sexuels des prêtres pédophiles.  

Ben, si c'est pas faire preuve de convictions chrétiennes fortes et influer sur le débat public tout cela, c'est quoi alors ??