Le 16 juillet, un gendarme tue un individu lors d'un contrôle routier.
Acte 1 : Il semblerait que ladite voiture avait forcé un premier barrage en traînant un gendarme sur 500m le blessant légèrement. Puis à un deuxième barrage, la voiture avait de nouveau foncé sur deux gendarmes dont un a tiré 2 balles et tué le passager qui a été déposé 10 km plus loin pendant que le conducteur prenait la fuite.
Jusque là, on est dans un problème de droit commun. On peut juste imaginer que les gendarmes du deuxième barrage prévenus par leurs collègues du 1er barrage devaient être un rien nerveux.
Acte 2 : Suite à ce décès (regrettable évidemment) 50 types cagoulés saccagent un village à la tronçonneuse notamment, pillent une boulangerie, démolissent à la voiture bélier un autre commerce, etc
Acte 3 : L'hyperprésident de la sarkozie, démet le préfet - c'est plus commode - concerné par ces violences urbaines pour le remplacer par un super-flic.
Acte 4 : Il se fait que les 50 types appartiennent "aux gens du voyage" et qu'ils voulaient venger la mort d'un membre de la communauté.
L'hyperprésident décide de se refaire une santé sécuritaire à bon compte vu que la karchérisation des jeunes de banlieue ne donne pas grand chose depuis 10 ans qu'il s'en occupe, que du contraire ! Il veut donc, dans l'urgence, se pencher sur "les problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms"
Et donc, on va très vite passer de la sécurité au sécuritaire, et d'un fait de délinquance routière à une stigmatisation d'une communauté.
Acte 5 : le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, ne veut surtout pas stigmatiser les gens du voyage (!!??), mais ne peut s'empêcher de constater : "Vous avez un certain nombre de nos compatriotes qui sont un peu surpris quand ils voient de très grosses cylindrées tirer des caravanes alors qu'on peut s'interroger sur les revenus". Comme d'ailleurs son prédécesseur, un certain Nicolas Sarkozy qui en 2002 déclarait déjà : "Et j'ai bien l'intention que nous puissions poser des questions à des gens qui n'ont jamais travaillé de leur vie, et qui pilotent des automobiles que bien des travailleurs de notre pays ne pourraient jamais se payer après une vie de labeur".
Acte 6 : 5 mesures sont donc décidées pour "nettoyer" sans stigmatisation of course ! :
La "moitié des 300 camps illicites" seront démantelés et évacués d'ici à trois mois. "En parallèle, une réforme législative sera entreprise afin de rendre plus efficace le dispositif d'évacuation des campements illégaux", ajoute le communiqué de l'Elysée.
- * Les ressortissants de Roumanie et Bulgarie (NDLR des "roms") seront reconduits quasi immédiatement dans leurs pays "en cas d'atteintes aux biens ou de fraudes".
- * La coopération policière entre la France et la Roumanie sera renforcée, via des actions d'échange entre les deux pays. Une vingtaine de policiers roumains et bulgares viendront en France épauler la police française tandis que des policiers français seront affectés dans ces deux pays afin de participer aux actions de lutte contre les trafics.
- * Dix inspecteurs du fisc vont enquêter sur le terrain afin de "contrôler la situation des habitants de certains camps".
- * De nouvelles aires d'accueil seront aménagées pour permettre aux gens du voyage de s'y installer en toute légalité.
Cela s'appelle prendre le problème des gens du voyage au sérieux.
- * On parle donc bien de démantèlement, exactement comme dans "démantèlement d'une réseau mafieux"
- * 95 % des +/- 400.000 gens du voyage stationnés en France sont français
- * Un partenariat est envisagé avec la Roumanie, mais la sarkozie n'a de cesse de dézinguer la police française (4000 policiers en moins) et a enterré la police de proximité, une des solutions pour prévenir les faits de délinquance.
- * 10 inspecteurs du fisc affectés au contrôle des gens du voyage. Pas un seul inspecteur affecté depuis plus de 10 ans au contrôle de la famille Bettencourt, censée être contrôlée au moins tous les 3 ans !
- * Création de nouvelles aires de stationnement, quand seulement 20% des communes respectent la loi Besson. On lira avec intérêt les prises de position de Nicolas Sarkozy, en 2005 sur la question. On relira également cette prise de position de maires en avril 2010 sur la situation des roms qui vivent dans des campements insalubres, ainsi que celle de l"union française des Associations Tsiganes qui concluait en mars 2010 que : «Ceci démontre bien ce que chacun savait depuis longtemps, à savoir que la législation applicable aux 'gens du voyage' repose sur un critère racial implicite»
S'agissant d'une délinquance propre aux gens du voyage, on relira la réponse du ministre de l'Intérieur de 2001 à une question d'un sénateur ICI
Pouvait-on s'attendre à ce que la sarkozie s'interrogeât sur le problème de la politique d'accueil des "gens du voyage" alors que la France a été condamnée par le Conseil de l'Europe. Dans une résolution du 30 juin 2010, le Conseil relève notamment les problèmes suivants :
- * Création d'un nombre insuffisant d'aires d'accueil ;
- * Mauvaises conditions de vie et des dysfonctionnements des aires d'accueil ;
- * Accès insuffisant au logement des gens du voyage sédentarisés ;
- * Procédures d'expulsion qui peuvent être mise en œuvre la nuit ou en hiver et comporter des violences injustifiées ;
- * Discriminations liées à la loi du 3 janvier 1969 notamment concernant le droit de vote ;
- * Manque de moyens mis en œuvre pour lutter contre l'exclusion sociale ;
- * Difficultés d'accès au logement des Roms migrants en situation régulière.
La sarkozie choisit manifestement de réagir à certaines émotions (le sentiment d'insécurité) en dérivant vers une incantation sécuritaire tout en se gardant bien de réagir à d'autres émotions (le sentiment grandissant d'un estompement de la norme des valeurs républicaines) !
Prochain billet : les gens du voyage en Belgique
Edité le 31/07/2010
Acte 7 : Sarkozy annonce que "la nationalité française doit pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police ou d'un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique". Modifiant son discours de 2006 dans lequel il déclarait à propos de la double peine : "Lorsqu'il a passé toute son enfance en France ou qu'il y a fondé une famille, le second n'a pas à subir une seconde sanction en étant expulsé dans son pays de nationalité et coupé de sa famille."
Faisant fi semble-t-il de la Constitution française qui stipule dans son article premier quand même que la république française "assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. "
Je ne suis pas un fin connaisseur de la politique française, mais y a-t-il plus que l'épaisseur d'une feuille à cigarette entre ce genre de discours et celui de l'extrême droite ???
On est toujours dans l'égalité républicaine là ??
